Tronçonneuses, tondeuses, tracteurs, débroussailleuses, motos. Voilà les objets auxquels on pense lorsque l’on voit ou entend la marque Husqvarna, pionnière dans la motoculture. Mais alors, pourquoi en parler ici, sur VTTAE.fr ?

Et bien, il s’avère que ce géant suédois, d’abord fabricant d’armes, comme d’autres marques dans le VTT d’ailleurs – son logo représente encore le canon d’un mousquet en vue frontale – s’implique désormais intensément dans le VTTAE via un accord de licence avec l’expérimenté groupe Pexco.

L’essai du Husqvarna MC7 est donc pour nous l’opportunité de découvrir en action la marque pour la première fois et ainsi de pouvoir appréhender leur récente approche du VTTAE. Qu’en est-il alors Husqvarna MC7 ? Est-il différent de ce que les marques fondatrices et/ou leaders du VTTAE proposent ? Que vaut-il vraiment ? 

 


Temps de lecture estimé : 9 minutes


 

 

 

Husqvarna MC7

  • Destiné à l’usage All Mountain
  • Roues en 27,5 pouces + 
  • 150/150mm, Fox Perf. Float DPS + 34 GRIP
  • Triangle avant et arrière Alu
  • Reach de 480mm en taille L, offset 44mm
  • Motorisation Shimano E8000, 500Wh
  • 40km & 1300m D+ env. Trail / i2 perso

  • DT Swiss H1900 30mm
  • Schwalbe Nobby Nic Perf 27,5×2.6
  • Shimano MT520 4 pistons, 203/180mm
  • 4 modèles, 4 tailles, 4399€ à 6199€
  • 24,4kg, L, sans pédales, chambres à air
  • Dispo immédiate 
  • Fiche du vélo sur www.husqvarna-bicycles.com

 

Premières impressions

Parfois les premiers tours de roues sur un nouveau modèle ne surprennent pas plus que de raison. Ça semble commun. Et parfois, c’est marquant, très différent, presque choquant !

Cette fois, sur le Husqvarna MC7, c’est plutôt la seconde impression qui me saute au visage dès que je monte dessus. Les premiers mètres sont révélateurs : je ressens un vélo long et très directif ! La première descente le confirme. Je dois forcer ma position pour piloter : couché dessus, mais à l’aise ainsi. La direction est très vive. Le moindre coup de guidon, et je change de direction ! C’est même parfois un peu trop. C’est déstabilisant lorsque le rythme s’emballe…

Et, au contraire, dès que j’entame des portions pentues, rapides et truffées de cailloux, de trous ou de racines, la suspension arrière semble tout m’épargner. Il y de la réserve et je trouve le chemin moins cahoteux qu’habituellement. J’ai l’impression qu’il ne peut rien m’arriver ! Mais alors pourquoi ce comportement ? Cette contradiction entre l’avant et l’arrière ? Comment l’expliquer ? Et d’où vient cette impression de longueur ?

 

 

À quoi c’est dû ?!

Rien de compliqué en fait ! Il n’est pas toujours si facile d’expliquer le comportement d’un vélo, mais, pour ce Husqvarna MC7, certains détails ne nous échappent pas :

Géométrie

En matière de géométrie, Husqvarna a choisi des côtes plutôt communes. Enfin… à condition de les décomposer les unes après les autres, sans forcément s’attarder sur l’ensemble, leur globalité ! En effet, puisque les combinaisons choisies, elles, sont particulièrement différentes de ce qu’on a l’habitude de rencontrer. Elles sortent du lot !

En fait, en taille L, avec 480mm de reach et 67° d’angle de direction, c’est une association rare, peu commune sur des VTTAE. Le reste des côtes collent à la tendance du moment : 444mm de bases, 76° d’angle de tube de selle, 1234mm d’empattement…

Sa géométrie participe donc à cette sensation de longueur et de stabilité que procure le Husqvarna MC7. Cependant, et malgré sa longueur, l’angle de direction, particulièrement ouvert / redressé, donne ce tempérament nerveux à la roue avant. Presque trop ! Qui participe à l’idée d’un vélo limité dans ces capacités par un seul paramètre…

 

Cinématique

Et oui ! Parce que, côté suspension, Husqvarna fait usage d’un système très répandu : un bon vieux 4-bar linkage ! D’un point de vue cinématique, c’est une solution éprouvée et maîtrisée depuis des lustres dans le milieu du VTT.

C’est une suspension à point de pivot virtuel, projeté vers l’avant en début de course, avant de se rapprocher du boitier quand la suspension se comprime. Elle procure ainsi une sensation de stabilité et de confiance rarement égalée par d’autres systèmes. Surtout lorsqu’elle est associée à une progressivité intéressante qui donne l’impression d’en avoir toujours sous le pied !

Voici donc comment, la suspension arrière du Husqvarna MC7 donne des ailes quand les choses se corsent. Mais reste limitée par cet angle de direction ouvert, qui, à l’inverse ne rassure pas et dessine à lui seul les limites du Husqvarna MC7…

 

 

Comment ça se règle ?!

Même si sa suspension arrière, d’un point de vue cinématique, donne des ailes, je me suis tout de même surpris à me sentir quelques fois mieux en position intermédiaire du blocage de l’amortisseur sur des descentes exigeantes qu’en position ouverte. Choquant à lire, non !?

Doté d’un amortisseur Fox Float DPS 3 positions, sans réglage de la compression basse vitesse, le Husqvarna MC7 travaille beaucoup en position “ouverte”. Comprendre ici : consomme du débattement, sans forcément amortir correctement l’impact. Ce qui est tout de même la fonction première d’une suspension, non !?

En fait, le soutien hydraulique manque parfois. Le pilote est maltraité. On regrette ainsi l’usage de cet amortisseur, surtout que la gamme Fox propose l’identique avec le réglage de compression basse vitesse, qu’il est justement nécessaire d’avoir ici pour en tirer pleinement parti, dans toutes les situations !

RéglagesAvantArrière
SAG20%30%
Détente1/4 ouverte2/3 ouverte
CompressionsOuverte ou mi-plagemolette de blocage ouverte ou en position intermédiaire
Tokens/calesd'origined'origine
MotorisationToutes configurations possiblesMode Trail principalement

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes. SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaule à l’aplomb du guidon > vidéo Didactique VTTAE 😉

 

 

Comment ça se pilote ?!

Le Husqvarna MC7 se montre donc un poil atypique en terme de géométrie. Puis, surtout capable et enjoué pour rouler vite mais durement rappelé à l’ordre par son angle de direction… Il faut donc en tenir compte lorsqu’on roule :

 

À la pédale

Son reach particulièrement long centre naturellement les masses entre les deux roues. On se sent à peine couché pour monter. On profite aussi de ses bases “ni trop longues, ni trop courtes” pour garder la roue avant plaquée au sol. Il n’est donc pas nécessaire de forcer le trait lorsque la pente s’accentue.

D’ailleurs, à ce petit jeu, dans les raidillons et les montées impossibles, il est rudement efficace tant sa stabilité nous permet de rester focaliser sur son pédalage. On mouline ou on force, c’est selon. Le reste, il s’en charge !

 

En l'air

Lorsqu’il devient nécessaire de décoller, il faut se retrousser les manches… Surpris par un tronc d’arbre couché ou un caillou mal placé, si on veut tirer un bunny salvateur, il demande à ralentir.

Comme sur la balance, avec plus de 24kg, il est lourd au décollage. Ce n’est pas sa tasse de thé. Comme pour les sauts, où il a tendance à vouloir rejoindre le sol le plus rapidement possible, pour ré-atterrir vite…

 

En courbe

C’est en courbe que son angle de direction ouvert a un avantage et un inconvénient. Malheureusement à double-tranchant !

Soit la pente est faible et on tire profit de cet angle ouvert puisque l’appui sur la roue avant est direct. Il n’y a pas besoin de charger fortement la roue avant pour ressentir le grip et entamer le virage. C’est facile !

Soit la pente est forte, et là, on sent trop de poids sur la roue avant. Il est difficile de pencher le vélo tant c’est incisif, presque trop vif. L’erreur est vite arrivée et l’OTB (“par dessus le guidon”) nous guette de près. Le Husqvarna MC7 nous pousse donc à nous mettre en arrière par sécurité. On est sur la défensive et il est difficile de faire autrement. On subit ! Voilà pourquoi l’angle de direction ouvert limite le Husqvarna MC7.

 

Quand ça brasse ?!

Quand le rythme s’emballe et que ça commence à taper fort, tout est histoire de suspension. Et en la matière, là aussi, le Husqvarna MC7 mène une double vie.

L’avant subit puisque cette “fichue” Fox 34 fait encore des siennes, elle ne fonctionne clairement pas au niveau du reste du Husqvarna MC7. Mais c’est une remarque générale, qui ressort à chaque essai d’un VTTAE équipé avec…

Sur le Husqvarna MC7, elle exacerbe d’autant plus la différence avant-arrière qu’il affiche depuis les premiers tours de roues. Bien qu’il faille jouer des positions du blocage de l’amortisseur, la suspension arrière performe malgré tout et nous pousse à en faire toujours plus, quand l’avant nous pousse à lever le pied tant c’est incontrôlable…

 

 

Pour qui ?! Pour quoi faire ?!

Si le Husqvarna MC7 se veut en partie capable, ceux qui s’aventureront sur de vrais circuits d’Enduro avec, se devront de jouer les gros bras pour le tenir et tenir la cadence. On l’a vite compris, le Husqvarna MC7 est malheureusement limité par son angle de direction – qui doit durement assumer son embonpoint – quand le reste du vélo prétend à bien plus que du All Mountain.

Il vaut mieux alors se cantonner à ce pourquoi Husqvarna le vend : du All Mountain et plutôt envisagé un modèle Hard Cross – notamment destiné à l’Enduro dans la gamme Husqvarna – si l’on souhaite vraiment engager !

Mais, quand bien même un autre modèle à la gamme pourrait convenir, le Husqvarna MC7 semble, à l’usage, chercher sa voie : à mi-chemin entre deux pratiques. Limité par sa conception d’un côté et de l’autre, par l’existence à la gamme d’un modèle dit plus Enduro, il vogue entre deux eaux sans trancher radicalement. C’est un inclassable !

 

 

Vis-à-vis de la concurrence ?!

L’Husqvarna MC7, bien qu’inclassable, n’est pas sans rappeler quelques traits de caractère d’autres montures concurrentes. Et c’est d’ailleurs face à cette concurrence qu’il mérite d’évoluer :

 

Vis-à-vis du Commencal Meta Power 29

C’est en montée que ces deux se ressemblent. Leur longueur de reach sont proches – 475mm pour l’Andorran et 480mm sur le Husqvarna – ce qui centre les masses entre les deux roues. D’autres paramètres entrent en jeu mais on ressent, sur les deux, une tendance à garder la roue avant plaquée au sol, même lorsque la pente est forte. De quoi monter les pétards les plus raides du quartier !

 

Vis-à-vis du Thok MIG-R, Specialized Levo, Intense Tazer, Orbea Wild FS

Face aux “références” du moment, il fait le poids sur la balance mais pas sur le terrain ! Husqvarna en est à ses premiers VTTAE, qui correspondent, à mes yeux, à ce qu’on peut qualifier de VTTAE de première génération alors que les références jouent plutôt dans la cour des VTTAE de seconde génération – ceux dont l’inertie est faible, parfois imperceptible, les poids contenus et l’équilibre général permet de jouer ou de le manier facilement.

Le Husqvarna MC7 mérite donc encore un peu de travail !

 

Vis-à-vis du Rotwild RX+

L’Allemand a un angle de direction similaire mais une géométrie globalement plus courte en tous points sauf pour les bases. Mais jamais le Rotwild RX+ laisse l’impression qu’on va passer par devant. La fourche Fox 36 aide certainement : plus rigide et au fonctionnement bien meilleur que la Fox 34 du Husqvarna. Mais c’est surtout dans sa dynamique que le Husqvarna peine à atteindre les capacités du Rotwild RX+ !

 

 

En détails

Pour une première approche, on sent qu’Husqvarna cherche à s’affirmer mais demande encore un peu de travail pour aboutir à une monture bien finie sur certains détails :

 

 

En conclusion…

Tout étant dit, il est l’heure de conclure. Alors pourquoi voudrais-je garder le Husqvarna MC7 ?! 

“Ce VTTAE All Mountain de “première génération”, au look affirmé, et en quête de plus d’homogénéité – équilibre, choix des composants, géométrie, poids – laisse tout de même entrevoir quelques bons travaux – cinématique, look. Même s’il demande encore du travail et que sa carrure bodybuildée laisse penser à un fort potentiel dans les pratiques les plus engagées, il répond présent pour ceux qui en feront le bon usage !”

 

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraîchir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparer à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > que vaut-il par rapport à d’autres ?! Rendez-vous prochainement sur la page du Comparateur d’essais VTTAE.fr pour en savoir plus…

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