Le milieu du VTT a cette manie : chaque année entre le printemps et l’été, c’est la frénésie des nouveautés. Qu’est-ce que les marques vont avoir à nous proposer de révolutionnaire ? L’est-ce vraiment au point de devoir renouveler mon matériel ?! C’est d’autant plus le cas pour la pratique à assistance électrique, en plein boom ! 

Dans cette situation, il est bon d’avoir quelques repères. C’est ce qui nous a poussé à l’essai du Stevens E-Sledge+. Un vélo qui ne paie pas de mine à première vue, sans fioritures… Mais dont on m’a fréquemment dit du bien. À tel point que j’ai fini par vouloir comprendre quel rôle ce vélo peut vraiment jouer sur le marché, à l’heure actuelle…

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes


 

 

 

Stevens E-Sledge+

  • Destiné à l’usage All Mountain / Enduro
  • Roues en 27,5 pouces + 
  • 150/160mm, Fox Perf. Float DPS+ 36 GRIP
  • Triangle avant et arrière Alu
  • Reach de 455mm en taille L, offset normal
  • Motorisation Shimano Steps E8000, 500Wh
  • 45km & 1200m D+ env. Trail / i3 perso

  • Sun Ringle Duroc TR40 36mm
  • Schwalbe Magic Mary Evol 27,5×2.8
  • Shimano MT520 4 pistons, 203/203mm
  • 2 modèles, 4 tailles, 4699€ & 5499€
  • 22,38kg, L, sans pédales, pneus tubeless
  • Dispo immédiate 
  • Fiche du vélo sur www.stevensbikes.de

 

Premières impressions

Arrivé quelques jours à peine avant la première manche de World E-bike Series de l’histoire, à Monaco au printemps dernier, disons que le Stevens E-Sledge+ est tout de suite entré dans le vif du sujet. Premier roulage ?! Sur les traces de la course d’Enduro, dont la mythique DH de Peille, sous la pluie !

Plutôt risquée comme prise en main. Du style ça passe ou ça casse ! Et bien… Ça passe, et bien ! Pour tout dire, je filmais les spéciales, au départ sans prétention. Puis, à l’aise sur le vélo, j’en suis venu à commenter, assez naturellement. Un exercice loin d’être évident et qui demande une certaine aisance.

Un exercice auquel je ne m’étais pas encore adonné. Pourquoi m’y suis-je prêté ce jour-là ?! Entre autre parce que le Stevens E-Sledge+ s’est très rapidement montré sain, fiable et constant dans son fonctionnement.

Pas de mauvaise blague, pas de caractère très trempé dont il faille prendre la mesure, pas de temps d’adaptation important pour produire les gestes de base d’un bon pilotage. À son guidon, pédaler, franchir, tourner, sauter, freiner, et recommencer, se fait sans peine et d’une manière très naturelle…

 

 

À quoi c’est dû ?!

Première impression trompeuse ou vérité établie ?! Pour m’en convaincre, je me lance dans une enquête au sujet du Stevens E-Sledge+ : quelles sont ses principales caractéristiques de conception ?! Recoupent-elles ou infirment-elles mes impressions ?!

Architecture

Visuellement d’abord, le Stevens E-Sledge+ est à l’image de son fonctionnement. Rien d’extraordinaire, que de l’éprouvé. Un cadre en aluminium hydrauformé, méthode de production qui est devenue la base pour les cadres dédiés à notre pratique.

La plupart des standards du moment – boost, douille de direction conique, tête d’amortisseur Trunnion – et des renforts là où on a l’habitude de les voir – Entre le tube de selle et le tube supérieur, un tube oblique coudé juste avant la douille de direction… Et basta ! 

 

Semi-intégration ?!

En matière d’assistance, le Stevens E-Sledge+ fait appelle à l’éprouvée solution Shimano, ici la E8000 avec écran de E7000. En premier lieu, le moteur est incliné, afin d’optimiser deux choses importantes : la longueur des bases rendue possible par le carter moteur, et la garde au sol, y compris en avant du pédalier, dans la zone d’impact la plus évidente. Ici aussi, une solution simple mais quelque part, évidente !

Tout comme l’usage de la batterie externe Shimano. Elle a pour elle son encombrement record et son poids contenu qui favorisent un centre de gravité bas et la possibilité de rentrer dans les sacs les plus petits. Tube oblique ce qu’il faut d’aplati et simple autocollant assorti : il ne s’agit pas d’intégration à proprement parler, mais visuellement, le résultat n’a rien de disgracieux. Encore une fois : simple, pratique, éprouvé…

 

Cinématique

Côté suspension, même combat : un bon vieux 4-bar linkage ! Comprenons là : une solution éprouvée et maîtrisée depuis des lustres dans le milieu du VTT. Une suspension à point de pivot virtuel, projeté vers l’avant en début de course, avant de se rapprocher du boitier quand la suspension se comprime.

D’un point de vue cinématique, une solution connue et reconnue, qui ne présente ici aucune caractéristique particulière qui lui donnerait un caractère singulier. On note simplement une progressivité intéressante sensée éviter le talonnage en fin de course, quand les choses sont bien faites…

 

Géométrie

En matière de géométrie, enfin, pas de mauvaises surprises une fois de plus. Pas d’initiatives folles non plus. Juste des côtes éprouvées à chaque poste. Dans la norme du moment. Que ce soit en matière de Reach et de Stack – hauteur et longueur entre pédalier et cintre / 455 & 625mm – d’empattement général, d’angle de tube de selle, de hauteur de pédalier…

On note juste une légère offensive en matière d’angle de direction – à 65,5° – et de longueur de bases – à 435mm – qui peuvent donner un léger trait de caractère, participer à l’idée que ce soit un vélo capable et non, une monture limitée par ses dimensions quand le rythme augmente…

 

 

Comment ça se règle ?!

L’étape du réglage des suspensions ne déroge pas à l’idée générale d’un vélo simple et sain : il ne nécessite pas d’intention particulière. Sur les réglages de base habituels – décrits dans le tableau ci-dessous – il offre déjà un beau visage, et son meilleur.

Qui plus est, j’ai pu constater, par différents biais, qu’il s’agisse aussi d’un vélo capable d’accepter des évolutions vers une pratique plus engagée encore. Amortisseur à ressort, fourche dotée d’un peu plus de débattement, roue avant de 29 pouces…

Même dans ces circonstances, le Stevens E-Sledge+ ne semble pas compromis. Il est simplement bonifié et, toujours, fidèle et sain lorsqu’il s’agit d’interagir sur les réglages pour peaufiner le comportement à son propre style de pilotage.

RéglagesAvantArrière
SAG30%30%
DétenteMi-plage à 2/3 ouverteMi-plage à 2/3 ouverte
CompressionsOuverte ou mi-plageOuverte
Tokens/calesd'origined'origine
MotorisationToutes configurations possiblesMode Trail principalement

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes. SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaule à l’aplomb du guidon > vidéo Didactique VTTAE 😉

 

 

Comment ça se pilote ?!

À force d’écrire qu’il s’agit d’un vélo simple, fiable et éprouvé, on pourrait croire que le Stevens E-Sledge+ soit sans saveur. Et pourtant ! Une petite revue des situations de base démontre simplement qu’en chaque circonstance, il n’incite à rien d’autre qu’à de bonnes bases de pilotage…

À la pédale

Bases relativement courtes, suspension active même chaîne très tendue, bonne sensibilité… À la montée, et plus encore lorsqu’il s’agit de franchir, le Stevens E-Sledge+ suggère de faire appel à la technique de franchissement classique du cabrage pour poser la roue avant, puis de l’allège pour laisser monter la roue arrière.

Un transfert de masse d’avant en arrière, puis inversement, qui tire parti des proportions du vélo, et de la dynamique dont il est pourvu. Simplement se méfier de la possibilité qu’à mi-course du débattement arrière, le vélo puisse s’affaisser un peu lorsque le timing n’est pas bon, ou les réglages, pas tout à fait optimisés.

 

En l'air

Après la montée, vient la descente. Et qui dit descente, dit possibles franchissements, à nouveau. Dont ceux qui nécessitent de pumper ou plus, de sauter. C’est là que le Stevens E-Sledge+ se montre une nouvelle fois très sain.

En un sens, il n’est pas très loin des références dans ce domaine. Simplement un peu plus inerte, un poil plus lourd à manipuler, là où les meilleurs en la matière ont plus de facilité à être manoeuvrés et permettent nos seulement de se préserver, mais également de prendre des initiatives contre nature si l’on veut. 

Qu’importe : entre l’angle de direction généreusement couché et la bonne prestation de la suspension, prendre les airs et réceptionner se font sans encombre ou bouleversement. On n’est encore une fois pas à la hauteur des références en la matière mais c’est dans l’esprit.

 

En courbe

Autre pan entier du pilotage, celui des courbes. Virer d’un côté, de l’autre, et enchaîner, est tout un art… Le Stevens E-Sledge+ s’y prête sans sourciller. C’est peut-être même là qu’il démontre le plus de caractère. Lien direct entre bases et angle de direction plus marqués que le reste de la géométrie ?!

Certainement… Mais c’est aussi à mettre en relation avec la cinématique à point de pivot virtuel. Sans surprise, il faut aussi jouer un peu des appuis sur le pédalier pour inscrire le vélo dans ses courbes, et l’en faire sortir.

Il se prête même, en mode sportif, à sortir des courbes en wheeling, coup de pédale bien placé en mode Boost et roue avant levée de quelques centimètres pour lancer le vélo vers le prochain passage intéressant.

 

Quand ça brasse ?!

Enfin, c’est quand ça brasse, que ça tape, même fort, que le Stevens E-Sledge+ fini de dresser un tableau serein de ses capacités. J’apprécie l’équilibre de ses suspensions, et l’assiette toujours correcte dont il fait preuve.

Seule la fourche, connue par ailleurs pour avoir du mal à gérer la phase de détente lors de forts impacts, peut avoir tendance à dénoter. Et encore que sur le Stevens E-Sledge+, le phénomène soit plus contenu et moins pervers qu’ailleurs.

Dans tous les cas, les prestations de la suspension arrière sont à saluer. En l’occurrence, la progressivité dont elle fait preuve : très bien calibrée au point de donner le sentiment d’un débattement variable. 

J’entends par là que la suspension donne toujours l’impression d’utiliser la bonne quantité de course : peu quand le choc est petit, et toujours ce qu’il faut de plus quand l’intensité augmente… Sans jamais faire sentir de raideur excessive ou de talonnage en fin de course. Excellent !

 

 

Pour qui ?! Pour quoi faire ?!

Dans ces conditions, je prête le Stevens E-Sledge à une grande variété de pilotes. De celui qui cherche une monture simple et fiable pour apprendre les rudiments, au pilote qui a déjà un beau bagage et souhaite avant tout pouvoir le mettre à profit sans avoir à prendre la mesure d’un vélo trop compliqué. La cible est large, mais n’est-ce pas l’avantage d’un vélo sain ?!

Reste à savoir pour quoi faire… Et là aussi, il y a de quoi s’adonner à notre passion ! De la randonnée du dimanche matin, tendance ludique et All Mountain, à la sortie en montagne, avec, entre deux, toutes les virées Enduro possibles et imaginables. Qui plus est avec une seconde batterie compacte dans le sac, pour battre des records d’autonomie et de temps passé sur le vélo à en tirer parti..!

 

 

Vis-à-vis de la concurrence ?!

L’essai touche à sa fin. Il est temps de tirer des conclusions de cette expérience au guidon du Stevens E-Sledge+. Pour ce faire, une petite mise en concurrence s’impose. Elle permet de peaufiner certains contours…

Vis-à-vis des Thok Mig-R & Specialized Turbo Levo

Pourquoi ces deux ? Ensemble ?! Parce qu’à bien des égards, ils font office de référence lorsqu’il s’agit de mesurer les performances d’un vélo lorsqu’il s’agit de prendre les airs, ou d’enchaîner les virages. Deux formes de maniabilité pour lesquels chacun excelle dans son domaine. Le Stevens E-Sledge+ lui, s’en inspire. Il me fait penser à chacun d’eux, mais sans les égaler. Il est, une nouvelle fois, simplement plus sage, et plus mesuré.

 

Vis-à-vis des Moustache

Je fais ici une généralité, en comparant le Stevens E-Sledge+ à l’ensemble des Moustache équipé des amortisseurs de la marque, ancienne comme nouvelle génération. Ceci, afin de saisir l’occasion de dire qu’une fois de plus, sans les égaler, le Stevens E-Sledge E+ a pour lui de s’en approcher, de s’en inspirer.

Ici, dans la prestation toujours très saine de sa suspension arrière. Seule réelle différence, et ça reste un élément important : les oscillations après réception d’un saut, ou la maîtrise de la phase de détente. En la matière, le Stevens E-Sledge+ se défend, mais les Moustache ont clairement encore un temps d’avance…

 

 

En conclusion…

Ceci fait, il est donc l’heure de conclure. Question fatidique : pourquoi voudrais-je garder le Stevens E-Sledge+ ?! 

“Simple, sain, éprouvé, pas très loin des références tout en étant plus sobre dans ses prestations pour un tarif somme toute contenu… Que ce soit sur le papier, dans ses choix de conception, comme à l’usage, dans son caractère, le Stevens E-Sledge+ peut faire figure de référence. Non pas d’excellence, mais un repère important dans l’offre du marché. Désormais, il fera figure d’étalon dans mon esprit. Pas celui qui prétend assurer la descendance, mais celui qui sert de repère de mesure. À chaque prochain vélo passé à l’essai, me viendra la question “qu’a-t-il de plus ou de moins que le Stevens ?! Et pour quelle somme ?!” La question est posée, et les réponses, sont à venir sur VTTAE.fr “

 

 

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraîchir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparer à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > que vaut-il par rapport à d’autres ?! Rendez-vous prochainement sur la page du Comparateur d’essais VTTAE.fr pour en savoir plus…

Article lu 3 246 fois. Merci !