Après avoir essayé le Norco Range VLT au cours de l’hiver dernier, nous attendions avec impatience l’arrivée de son petit frère plus polyvalent, le Sight VLT en 29 pouces. Une fois passé un printemps au rythme inédit, nous l’avons enfin reçu… Que donne ce pur produit canadien sur nos sentiers ? Grimpe-t-il aussi bien qu’il descend ? Où se situe-t-il sur l’échiquier du marché VTTAE All Mountain ? C’est ce que nous avons cherché à savoir.

 


Temps de lecture estimé : 14 minutes


 

 

Norco Sight VLT C2 29

Norco Sight VLT C2 29

  • Usage All Mountain et Enduro
  • Roues de 29 pouces
  • Débattement 160mm AV/150 AR
  • Cadre en carbone, bases en aluminum
  • Reach 455mm et Stack 612mm en taille M, offset de fourche 42mm
  • Motorisation Shimano Steps E8000 250 watts, console et commande E7000
  • Batterie intégrée de 630Wh (compatible avec le Range Extender de 360Wh vendu séparément)

  • Pneus Maxxis Minion 29×2.50 AV et 29×2.40 AR
  • 4 tailles (S, M, L, XL)
  • 3 modèles à 5999 (alu), 7599 et 8599€
  • Prix du modèle testé : 7599€
  • Poids vérifié : 23,04kg (sans pédales, en taille M)
  • Disponibilité immédiate
  • Fiche du vélo sur www.norco.com

 

Comparé au Range VLT, avec ses roues de 29 pouces, ses 150mm de débattement à l’arrière et sa fourche en 160, le Sight s’annonce comme moins encombrant et plus léger. Un gros all mountain ou un petit enduro, peu importe comme on l’appelle, mais qui se veut aussi polyvalent que la version sans moteur bien connue des amateurs. Comme sur tous les modèles électriques, notre C2 29 est équipé d’un cadre avec le triangle avant et les haubans en carbone, les bases, elles, étant en alu, de manière à apporter un certain confort sans pour autant nuire à la rigidité. Dans un désir d’offrir un VTTAE plus abordable au niveau du prix et tout aussi performant sur le terrain, le Sight 2020 est d’ailleurs le premier modèle à assistance électrique de chez Norco à être proposé dans une version avec cadre en aluminium.

Même si la géométrie a forcément évolué par rapport au Sight VLT 2019 – premier du nom – et ses roues de 27,5 pouces, on reste quand même sur du vrai vélo de montagne canadien, avec des bases un peu plus longues (458mm), un empattement de 1246 mm, un angle de fourche nettement plus important de 64 degrés et un tube de selle très droit avec 78,3 degrés… Quant à la hauteur de boîtier de pédalier à 354mm, elle est dans la norme, surtout avec des manivelles en 165. Enfin, pour le poste de pilotage, on trouve une potence de 35 de diamètre et 40mm de long, ainsi qu’un cintre de 800 peut-être un peu large pour le programme du vélo.

 

Composants

Les accessoires que l’on retrouve sur le Sight VLT C2 29 sont de bonne qualité, ce qui, pour un modèle à 7599 euros, est quand même la moindre des choses ! La tige de selle télescopique au débattement variable entre les tailles de cadre nous vient de chez TranzX. La transmission est une 12 vitesses signée Shimano, avec un pédalier, une manette, une cassette et un dérailleur XT, alors que le freinages est confié également à du XT en 4 pistons avec disques de 203mm. La selle Ergon E-MTB est une réelle valeur ajoutée et les poignées ergonomiques de la même marque sont toujours aussi confortables. Enfin, le train roulant est un savant mélange entre des moyeux Shimano XT, des rayons DT Swiss et des jantes eThirteen DH tubeless ready, monté avec des pneus Maxxis Minion DHF et DHR Double Down bien costauds.

Malheureusement, sur ce modèle, comme sur le Range, il n’y a pas de capteur de vitesse intégré au niveau de l’axe de roue… Du coup, on retrouve un aimant positionné sur un rayon et non vissé sur le disque. Une solution un peu dépassée en 2020, moins ergonomique et, surtout, bien plus exposée aux chocs et projections.

 

Suspensions

Sur toute la gamme Sight VLT, Norco fait confiance à RockShox et sur le C2, on trouve une fourche Lyrik Select 160 et un amortisseur Super Deluxe Select 150mm avec montage à trunnion, comme sur la plupart des Norco. Des éléments dont la réputation est excellente et qui ont l’habitude de plutôt bien faire le job… Une fois les réglages de base effectués (Sag, rebond, équilibre entre l’avant et l’arrière et, éventuellement, le choix du nombre de cales dans le tube gauche de la fourche), on constate que ça fonctionne déjà vraiment bien sans trop de prendre la tête. Si la Lyrik est égale à elle-même, c’est-à-dire sans grands défauts, c’est surtout le système de suspension ART (Advanced Ride Technology) qui m’a le plus séduit… Celui-ci permet de disposer à la fois d’un vélo qui pédale bien, d’un amortissement progressif et d’une bonne adhérence, au freinage, comme au pédalage.

Cette cinématique à quatre points de pivot (bases, haubans, biellettes, triangle avant) offre également une belle progressivité et un maintien suffisant en début de course, ce qui permet d’obtenir à la fois un excellent grip en montée et un petit côté nerveux sous le coup de pédale… tout en ayant quand même un confort convenable dès que l’amortisseur s’enfonce davantage dans le débattement. En tout cas, dès la première boucle un peu technique, c’est l’impression qui se dégage.

 

Moteur et batterie

Si le moteur Shimano Steps E8000 du Norco Sight VLT 29 pouces est un poil dépassé (voir notre dossier motorisation), il est évident que le prochain millésime devrait être nettement plus performant… Là-dessus, on peut faire confiance à Shimano.

Alors évidemment, le petit moulin japonais fonctionne tout de même correctement, mais question performances, il a désormais pris un peu de retard et l’on peut lui reprocher un certain manque de couple, une légère brutalité dans la façon de délivrer l’assistance au pédalage et une obligation de tourner les jambes à plus de 80 tours/minute si l’on veut que le moteur donne tout son potentiel.

Sinon, avec la batterie de 630 Wh on dispose désormais de suffisamment d’autonomie pour rouler sportivement et assez longtemps sur les sentiers les plus techniques.

 

 

Sur le terrain

Voyons maintenant ce que le Norco Sight VLT donne en action…

 

Prise en main

Après avoir essayé le Sight VLT en 27,5 pouces l’an dernier et le Range VLT équipé de la même taille de roues en début d’année, je dois avouer qu’aujourd’hui, la question ne se pose plus… Je préfère le 29 ! De là à dire que le 27,5 n’est plus d’actualité, il y a un pas que je ne franchirai peut-être pas – surtout monté avec des pneus + en 2.80 – mais ce qui est certain, c’est que pour des VTTAE sportifs, je n’échangerais plus mes grandes roues contre des plus petites…

Que ce soit au niveau de la tenue de cap, dans la précision de la trajectoire ou quand il s’agit de monter droit en franchissant des obstacles, le Sight VLT C2 29 est au-dessus du modèle 2019. Inutile d’essayer d’argumenter en prétextant une plus grande maniabilité et un côté plus joueur pour défendre le 27,5, ce n’est pas vrai. Ou du moins, désormais, ça ne l’est plus. D’ailleurs, après avoir eu la chance de rouler sur le nouveau Moustache Samedi Trail 29, dès que j’ai posé à nouveau les fesses sur le Norco, j’ai constaté que les deux vélos n’étaient pas si loin en termes de comportement. Je ne parle pas du moteur, évidemment, le Bosch Gen4 étant nettement plus performant et agréable, mais bien des sensations de pilotage. Stable et nerveux, quoi, bien qu’un peu plus rigide et exigeant !

 

Comportement du moteur

En parlant de moteur, j’ai aussi pu vérifier une nouvelle fois que, comme c’est le cas aussi chez Bosch, le Shimano Steps E8000 a besoin de quelques centaines de kilomètres de rodage pour se libérer. Sur mon vélo de test, avant le cap des 300 kilomètres, le mode Trail était carrément asthmatique, sans grande différence avec l’Eco, et il fallait très souvent enclencher le Boost pour suivre les collègues dans les montées – même celles moyennement raides. Mais après, d’un coup, sans changer aucun réglage avec l’application Shimano E-Tube, évidemment, le Trail s’est mis à fournir l’assistance que l’on attendait de lui.

En tournant les jambes assez vite dans les bosses, certes, mais sans avoir besoin d’enclencher le Boost, qui, lui aussi, s’est un peu plus libéré en crête. Ceci vient donc confirmer ce que j’ai toujours pensé : si l’on veut tester convenablement un VTTAE que l’on reçoit la plupart du temps neuf, il est indispensable de passer du temps dessus… et encore plus s’il s’agit d’un modèle à assistance électrique. En tout cas, c’est ce que je fais, avec en moyenne entre 400 et 500km de roulage par vélo. Cela permet d’éviter les erreurs de jugement, d’apprendre à connaître l’engin, de le comprendre, de l’apprivoiser, parfois, et ainsi pouvoir donner un avis le plus objectif possible. C’est d’ailleurs ce que je vais essayer de faire dès maintenant !

 

À la montée

Si les 200 premiers kilomètres ne sont jamais inutiles et permettent de prendre en main le vélo comme il faut et de savoir rapidement comment les suspensions et les freins – une fois rodés – se comportent, c’est en l’occurrence sur les dernières sorties de mon essai que j’ai vraiment pu me faire une idée exacte du potentiel en montée du Sight VLT C2 29… Que j’ai vraiment eu envie de l’emmener dans des endroits où l’on n’est pas certain de passer sans mettre le pied à terre, voire sans pousser le bike pour arriver jusqu’en haut.

J’ai donc constaté sur la fin que les talents de grimpeur et de bon franchiseur que j’avais cru déceler auparavant étaient bien là – aidés en cela par un moteur moins poussif, moins “mou”, dirons-nous. Du coup, c’est devenu un réel plaisir de tenter des grimpettes techniques et je peux vous avouer que le Norco s’en est vraiment bien sorti pour un VTTAE équipé du moteur Shim’ ! Facilité à dominer les obstacles et le terrain, précision dans le maintien du cap, position de pédalage bien sur l’avant, selle Ergon E-MTB avec dosseret qui évite de glisser vers l’arrière et équipé d’un bec plus large et plus confortable, motricité et réactivité du bike…

Rien à dire, c’est vraiment l’un des meilleurs VTT à assistance électrique monté en Shim’ que j’ai eu l’occasion d’essayer. Et dans une montée impossible en forme de pierrier jalonnée de cassures et de marches (longue, la montée, hein, donc technique ET physique), seul le Brose Specialized, le Bosch et le Rocky Mountain Dyname 3.0 m’ont permis jusqu’ici d’aller un poil plus haut… et encore, en ce qui concerne le Performance Line CX Gen4, ça dépend de la marque du vélo et de la qualité de son châssis ! Instructif, tout ça.

 

En descente

Dès que la pente s’inverse, on trouve rapidement ses marques au guidon d’un VTTAE dont l’ADN de montagnard s’exprime à merveille dans le dénivelé négatif. La position de pilotage est naturelle et une fois le bon équilibre trouvé entre la fourche Lyrik Select et l’amortisseur Super Deluxe Select, le vélo se révèle particulièrement sain et très à l’aise quand c’est plutôt rapide, avec des cassures de terrain, des sauts et des grands virages en dévers. Et même si l’on sent bien qu’il faut un peu plus travailler en pilotage lorsque arrivent les portions plus lentes et les épingles serrées, il n’y a rien de rédhibitoire et l’on passe assez facilement tous les obstacles sans se battre avec le vélo. Et comme le freinage confié à une ligne Shimano XT 4 pistons est irréprochable, ce gros all mountain Norco en 29 pouces est finalement assez difficile à prendre en défaut…

Alors évidemment, ce n’est pas le VTTAE le plus confortable que j’ai eu l’occasion d’essayer et
sur les sentiers du Var, j’avoue que la rigidité du cadre et son cintre en 35 de diamètre m’ont parfois fait regretter d’avoir choisi l’un des deux carbones de la marque au lieu du modèle en aluminium… Mais encore une fois, il faut savoir s’adapter et sur les sols très cassants et pierreux, des pneus en 2.60 avec plus de volume, une carcasse un peu plus rigide et une pression plus basse changent considérablement le comportement du Sight VLT C2.

Selon la région où vous roulez, inutile donc de vous entêter… Montez un autre type de pneu – au moins à l’avant. C’est le B.A.-BA du deux-roues en tout-terrain et ça permet d’obtenir un bien meilleur feeling à moindre prix. Car après tout, même si ce n’est pas donné, les pneus, ça reste malgré tout du consommable !

 

Autonomie

Avec sa batterie de 630Wh, le Norco Sight permet de s’envoyer déjà de belles randonnées. Pour un pilote de 70 kilos, on est sur 1342m de dénivelé positif, 64,5km et 3h25 de ride… De quoi bien se dépouiller quand même. Tout cela, bien sûr, sans chercher non plus à trop économiser la batterie et en utilisant environ 20% d’Eco, 60% de Trail et 30% de Boost sur une sortie de type randonnée plutôt technique avec quelques liaisons plus roulantes…

Précisons aussi que ce VTTAE est proposé avec une batterie additionnelle de 360Wh, vendue séparément au tarif de 400 euros et qui porte l’autonomie à quasiment 1000Wh. Une option intéressante, puisque, comme sur les Rocky Mountain, la batterie intégrée n’est pas démontable – ou tout du moins pas facilement…

 

 

Qu’en penser ?

Je le répète, je n’ai rien contre le moteur Shimano Steps E8000… Seulement voilà, lorsque l’on a la possibilité de rouler sur toutes sortes de VTTAE et plusieurs motorisations différentes, forcément, on sent certaines nuances… C’est pour cela que j’attends avec impatience le Norco Sight 2021 équipé du tout nouveau moteur Shim’. Car si le E8000 fait encore bien le job, aujourd’hui, il est malgré tout un peu dépassé.

Ceci mis à part, j’ai vraiment apprécié ce Sight en roues de 29 pouces… Et que l’on ne vienne pas me dire encore que c’est une histoire de mode. Non, aujourd’hui, les progrès ont été tels sur ce diamètre de roues et les VTTAE sont si efficaces montés ainsi qu’il serait idiot de se priver de tout ce que cela apporte sur le terrain.

Honnêtement, que ce soit en franchissement, en tenue de piste, en précision et même en vivacité, le Sight 2020 surpasse le modèle en 27,5 de l’an dernier. Du coup, le vélo est plus agréable à piloter, il met davantage en confiance et en descente comme en montée, il se situe vraiment dans le haut du panier des carbones 29 pouces en 160/150 de débattement. Bien sûr, certains pourront le trouver un peu rigide et par conséquent plus physique à emmener, mais encore une fois, tout dépend des terrains où l’on roule… et des pneumatiques que l’on utilise !

Points forts

+ Rigidité

+ Franchissement

+ Tenue de piste

+ Capacités en descente

+ Autonomie

+ Composants

Points faibles

Agrément moteur

Léger manque de confort

Aimant sur rayon

 

Vis-à-vis de la concurrence ?

Je précise pour tous ceux qui voudraient que je donne un avis sur tout et n’importe quoi : dans ce paragraphe, je ne parle que des VTTAE que j’ai déjà essayés ou suis en train de tester. Pas de ceux sur lesquels je n’ai jamais posé les fesses… Je me contente également de comparer les vélos dont les prix sont dans une fourchette de 1000 euros maxi, dont la taille des roues est similaire et dont les débattements sont à peu près identiques.

À ce titre, dans la catégorie qui correspond au Norco Sight VLT carbone, on trouve le Cannondale Moterra 3, un modèle assez réussi, dont l’équipement est un peu moins prestigieux que celui du Norco, mais qui, du coup, est plus abordable financièrement. Le Moterra est un peu plus rouleur que descendeur et conviendra davantage à des régions un peu moins montagneuses.

Il y a aussi le Scott Genius eRide 900 Tuned, qui, pour quasiment le même prix, mais 10mm de débattement en moins à l’avant, se révèle l’un des VTT à assistance électrique les plus polyvalents du marché.

Et enfin, n’oublions pas la grande surprise de l’été dans la catégorie, le BH AtomX Lynx 6 Pro-S. Mais permettez-moi de ne pas en dire plus, car vous le retrouverez à l’essai sur VTTAE.fr (comme le Genius eRide Tuned, d’ailleurs) au cours de la deuxième quinzaine d’août.

 

 

La gamme

En France, seulement trois modèles sont distribués et ce n’est déjà pas si mal… En prix d’appel, on trouve le Sight VLT avec cadre alu à 5999 euros. L’équipement est un peu moins prestigieux tout en restant de bonne qualité, avec une fourche Yari, une transmission Sram SX Eagle et des freins Shimano MT 520. Et au-dessus du C2 de notre essai, il y a aussi le C1, un VTTAE encore plus haut de gamme, qui coûte 1000 balles de plus, c’est-à-dire, quand même 8599 euros ! A ce prix, on monte d’un bon cran en qualité de composants, avec une tige de selle RockShox Reverb Stealth, une Lyric Ultimate, un transmission Sram GX Eagle et des freins Sram Code R 4 pistons, évidemment. Sans oublier la plus grande valeur ajoutée de ce C1 : la paire de roues DT Swiss E1700 Hybrid.

Article lu 9 899 fois. Merci !