Transvésubienne 2017 – Nadine Sapin nous raconte son expérience en VTTAE

Quintuple vainqueur de l’épreuve en VTT classique, Nadine Sapin s’est élancé cette année sur les sentiers de la Vésubie au guidon d’un VTT à assistance électrique. Pour VTTAE.fr, elle nous raconte son expérience…

 


Temps de lecture estimé : 9 minutes / Récit : Nadine Sapin / Photos : Cyril Charpin/Christian Retaggi/Nadine Sapin/Smart Studio


 

 

Grande première en VTTAE

Ah la Transvésubienne (TV), c’est toujours une longue histoire.

J’ai pris le départ de ma première TV en 2008, et depuis je suis accro à cette course. Cette année c’était ma 10ème et après mes 5 victoires consécutives, mon cœur balançait entre tenter de gagner une nouvelle fois en musculaire ou de tenter de la faire en VAE.

Début avril, je me décide, ce sera en VAE, sans me prendre la tête.

Jusqu’à la dernière semaine, j’étais la seule féminine inscrite, donc mon but était juste de la terminer car ça s’annonçait presque plus dur qu’en musculaire. Mais grande surprise, 2 jours avant la course une des favorites en musculaire, la suissesse Nathalie Schneitter, décide de la faire aussi dans cette catégorie. C’est une athlète olympique avec un gros palmarès en XC marathon élite (UCI). C’est donc ma seule concurrente, mais quelle concurrente ! Mon objectif est bouleversé et la pression monte d’un coup. Moi, qui ne voulais pas me stresser cette année, c’est loupé. Mais bon, c’est bien, ça va pimenter ma course.

 

 

Le Prologue

Le jour J arrive. Mon E-Genius Tuned 27.5+ est fin prêt. Il est déjà équipé au top d’origine avec un groupe Sram EX1, tout l’équipement Syncros et Fox haut de gamme (140mm avant/arrière). Tout est parfait. J’ai juste mis des poignées ergonomiques qui me permettent de mieux tenir la bête et soulagent mes avant-bras. J’ai des mèches prêtent à être dégainées si je crève (ma hantise en 27.5+). J’ai mis de l’antidérapant sur le bouton “+” du changement de mode pour pouvoir changer de mode sans regarder la manette.

Le prologue se passe bien, pas la peine de se mettre le feu mais je perds de l’air dans mon pneu arrière en tapant dans une pierre. Je décide alors d’en mettre un plus costaud et plus lourd (toujours en 2.8) pour le lendemain après avoir pris conseils auprès team Lapierre (merci 😉 ). “Je ne veux pas crever, je ne veux pas crever !!!” Si je dois mettre une chambre, je vais perdre trop de temps.

 

 

La Transvésubienne

Le lendemain, on assiste au départ des musculaires. Ça me fait tout drôle d’être spectatrice cette année ! Puis, vient le départ des VAE 45 minutes plus tard. Nous sommes une trentaine avec une 15aine de top pilotes hommes. Il y a du très beau monde au départ.

Le départ est lancé, les écarts se creusent sur la première grande montée sur la piste de ski. Je me sens super bien, j’ai de bonnes jambes (et accessoirement un moteur en mode ECO;-) ). Je vois que je distance Nathalie au physique de suite, me voilà rassurée mais je sais qu’elle est très forte et qu’elle descend aussi très bien, donc faut que je reste très vigilante. “Une TV c’est long, très long” surtout en VAE car la gestion de la batterie et du matos est primordiale !

Je roule avec 2 autres VAE jusqu’au Mont Tournairet. On doit doubler pas mal de monde sur le sentier mais tous les “musculaires” sont très sympas et nous laissent passer sans problème. C’est bien une preuve que les mentalités sont en train de changer. Beaucoup m’encouragent en plus et c’est vraiment agréable. “Merci à tous”.

Niveau batterie je suis parfaite, je roule en ECO tout le temps et en TOUR juste quand j’en ai besoin dans les passages techniques montants.

La descente des Granges de la Brasque est fantastique. Le grip est parfait et en 27.5+ le confort est optimum. Je me régale tout le long en roulant soutenu mais sans prendre de risques. Je crains toujours un retour de Nathalie mais je préfère assurer. “C’est long une TV, c’est très long !!!”.

Je ne m’arrête pas au 1er ravito à la Giandola car je sais qu’il y a un passage compliqué à passer en VAE juste après : la montée du Bouzou. Le bas de la montée est humide, et je n’arrive pas à prendre les 2 premiers virages car je glisse. Oh la la, si je dois pousser tout le long, ça va être dur. Mais la suite a séché, je passe tant bien que mal sur le vélo en sortant les pieds et en poussant de temps en temps avec le cœur et le souffle au “taquet”. Faut “tourner les manivelles, tourner les manivelles” pour éviter que le moteur se mette en sécurité. Que c’est dur ! Ouf, je ne m’en sors pas si mal que ça. Une bonne chose de faite.

La suite jusqu’au col de la Porte est top. En VTTAE, on gagne vraiment en vitesse sur ce type de sentier et du coup c’est grisant. Je continue à gérer ma batterie comme avant. Je consomme même moins qu’à la reco donc ça me permet de rejoindre la “station” de changement de batterie en TOUR avec une toute petite marge. Au ravito du Col de la Porte, je prends le temps de m’alimenter et de m’hydrater. Mon grand ami François Buttafoghi qui m’assistera tout le long de la course me dit que j’ai au moins 10 minutes d’avance sur Nathalie donc à mi-course c’est bien. On vérifie tous les serrages, rien n’a bougé, c’est top. Un petit coup d’huile sur la chaîne et c’est reparti.

J’enchaîne avec la nouvelle variante de la TV. Un vrai petit sentier à la George Edwards avec un gros portage en VAE dans le bas du vallon. Mais George avait tout bien arrangé quelques jours avant en ouvrant un passage sur la droite pour que ça passe mieux pour nous (Merci George !). Là, c’est vrai que c’est LE gros défaut du VAE, le poids ! Moi, je ne peux absolument pas le porter donc je dois le pousser. Les premiers mètres sont très raides. Ça passe mais c’est bien dur quand même. Je grimpe doucement en me stabilisant le plus possible et en actionnant le mode “piéton”. Le plus dur est fait, le sentier s’adoucit, je respire un bon coup. Sortie de la variante, on retrouve le sentier d’une ancienne TV. Je connais bien ce passage donc je roule avec un bon rythme sans me stresser et du coup je me régale encore et encore.

Au ravito de Coaraze, j’ai toujours au moins 10 minutes d’avance d’après François mais il n’en sait pas plus. Je consomme toujours moins qu’à la reco donc c’est parfait ; je sais que j’ai beaucoup de marge. Après 5 bonnes minutes de pause, je repars en mode TOUR sur la piste et j’enchaîne avec le fameux portage de Coaraze. Je ne prends pas l’option “piste” bien plus facile mais qui pénalise de 5 à 10 minutes. Je monte alors cette portion les trois quarts sur le vélo et je pousse dans les 2 ou 3 pif-pafs trop raides et techniques pour moi. La suite du parcours sur les flancs du Mont Férion se déroule super bien. J’ai une patate de folie. Je grimpe partout même à des endroits où je n’y arrivais pas avant. J’ai l’impression de progresser mètre après mètre. J’aborde la descente vers le dernier ravito. C’est un sentier de pierres où je dois vraiment faire attention à ne pas crever. Je pars du coup sur un faux rythme et je me bloque dans le premier petit virage. Rien de grave mais la batterie tape sur un rocher et la fixation bouge un peu. “Petite sueur froide”. Je vérifie, ça fait du bruit mais c’est bon ça tient. Je repars un peu plus à l’attaque pour éviter de trop subir le pierrier, tout en assurant un maximum.

Arrivée au ravito, une dernière barre énergétique “pour la route”. François m’annonce que je suis 8 ou 9 au général des VAE. Je ne le crois pas, il doit se tromper, ce n’est pas possible. Il me reste 2 sur les 5 barrettes de la batterie et seulement 10km à faire avec des petites relances et plus trop de difficultés à passer. J’actionne alors le mode TURBO car j’ai “trop” de batterie et je termine cette Transvésubienne à fond. Comme c’était bon !!!

Je passe la ligne, super contente d’y être arrivée, d’avoir su gérer tous les nouveaux paramètres du VAE. Michel, le speaker, m’annonce que je suis la 1ère féminine et effectivement 8ème au général. Vu la liste des pilotes engagés en VAE, pour moi, les 15 premières places étaient intouchables. Il y a eu surement de la casse mécanique et physique pour les gars… Je boucle les 78km en 6h26 avec plus de 30 minutes d’avance sur la 2ème. Donc mon objectif est à 200% réussi. Mon fidèle Scott Genius version électrique et 25.7+ a fonctionné à la perfection comme d’habitude.

Je ne suis pas si fatiguée voir épuisée comme lorsqu’on boucle une TV en musculaire et surtout je me suis vraiment régalée tout le long. Le fait de rouler plus vite et de franchir la plupart des portages en vélo, on profite beaucoup plus. Théoriquement, je me dis toujours en franchissant cette ligne d’arrivée, c’est fois-ci c’est la dernière, plus jamais. Et là, je me suis dit, c’était trop bon, c’est quand la prochaine !?

Le soir, de retour à la maison, l’excitation de la course terminée, j’étais quand même épuisée. L’effort est différent. Il est plus court mais plus intense (vélocité, cardio, technique, portage/poussage). Il n’y a pas de moment de “repos”ou de “calme” car il faut garder du rythme pour faire avancer cette machine de 22kg tout le temps. C’est quand même une sacrée épreuve en VAE cette TV. Certes, on a des Watts en plus mais ça ne fait pas tout.

Par ce compte-rendu, j’en profite pour remercier Scott France qui me soutient depuis quelques années déjà. D’ailleurs, le team Scott a encore frappé fort cette année avec la victoire d’Alexis. C’est top !

Je remercie également le magasin, La Roue Libre, qui me permet d’avoir des vélos toujours en parfait état. L’équipe est toujours à la pointe du VTT et VAE, de vrais passionnés. Enfin, merci également à mes amis les photographes qui s’éclatent à prendre des superbes photos des pilotes. Ce sont de vrais pros et je vous invite à aller voir leurs sites et de profiter de leurs talents @cyrilcharpinphotographie et @christianretaggi.

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