Pour un face-à-face mettant en scène deux VTTAE tout-suspendus légers, équipés d’une motorisation moins puissante et d’une batterie plus petite, le choix du Lapierre eZesty et du tout nouveau Specialized Turbo Levo SL s’imposait comme une évidence. Comment fonctionnent ces petits moulins électriques ? Quel est leur comportement sur le terrain ? L’ensemble moteur/partie-cycle est-il cohérent ? A qui se destinent-ils ? Quoi qu’il en soit, une autre vision du VTTAE…

 


Temps de lecture estimé : 30 minutes – Photos : Laurence Faure / Chris Caprin


 

Au sommaire de cet article :

 

Les deux VTTAE du face-à-face…

C’est souvent en bouleversant l’ordre établi que l’on a le plus de chances de pouvoir faire évoluer les choses. Et à ce titre, le Lapierre eZesty AM LTD Ultimate et le Specialized Turbo Levo SL Expert Carbon font office de petite révolution dans le monde du VTT sportif à assistance électrique ! Cadres full carbone, jantes carbone, motorisations légères, mini-batteries et finitions exemplaires du côté des deux modèles, pour un poids de 18,25kg chez Lapierre et de 17,35kg chez Specialized. Quant aux tarifs, on joue clairement dans le haut de gamme, avec un eZesty à 7699 euros et un Turbo Levo SL à 8599 euros…

Mais si ces deux VTTAE ont la même vocation et un programme similaire, ce face-à-face n’aurait pas été possible si le constructeur allemand Fazua n’avait pas proposé cette année une mise à jour de son Evation 1.0… En effet, au niveau des performances moteur, jamais le petit bloc allemand dans son ancienne configuration n’aurait pu rivaliser avec le Spe ! Heureusement, le modèle 2.0 est arrivé au printemps et nous avons pu ainsi réunir le Français et l’Américain pour une confrontation équilibrée sur le terrain. En 2019, Lapierre avait tiré le premier dans la catégorie des VTTAE tout-suspendus à moteur “light”Un an plus tard, Specialized riposte avec un moteur maison du même acabit. Les deux modèles ont de sérieux atouts et la bataille s’annonce chaudes !

 

 

Ce que l’on en dit

Coup de projecteur sur les aspects techniques et les particularités de nos deux protagonistes…

 

Lapierre eZesty AM LTD Ultimate

Fiche technique du vélo

  • Usage All Mountain et Enduro
  • Roues de 27,5 pouces AV et AR
  • Débattement 160mm AV et 150 AR
  • Cadre en carbone Ultimate
  • Reach 443mm et Stack 607mm en taille M, offset 51mm

 

 

Moteur Fazua Evation 2.0 Black Pepper

  • Poids : 3,180kg l’ensemble batterie/moteur, 1,910kg le moteur seul (+ 1kg de mécanisme au niveau du pédalier)
  • Carters : aluminium
  • Puissance : 300 watts maximum
  • Assistance maxi : 240%
  • Couple maxi : 55Nm
  • Modes d’assistance : 3 (Breeze, Rievr, Rocket)
  • Assistance à la marche : oui

  • Batterie de 250Wh
  • Temps de charge moyen: 2h45
  • Console : non
  • Commande : +/- au pouce gauche, + diodes batterie
  • Application pour réglages moteur : oui (Fazua Toolbox) 

 

Le Fazua Evation 1.0 était un système d’assistance légère qui correspondait à un certain type de pratiquants qui voulait pédaler un maximum et être aidé un minimum. Mais ça, c’était avant… Avant que ne sorte la mise à jour Black Pepper qui permet d’améliorer les performances du bloc Fazua Evation. De faire passer l’assistance maxi à 300 watts, de gagner en couple et en efficacité sur une plus grande plage d’utilisation. Toujours au niveau des modifications, l’assistance qui se mettait systématiquement en mode économique (Breeze) dès que l’on descendait en-dessous des 40% d’autonomie restants, vous offre désormais la possibilité de rouler en River ou en Rocket jusqu’aux 5 derniers pour cent. Ce qui est nettement plus logique et beaucoup plus pratique…

Cette mise à jour promet également une assistance au pédalage régulière quelle que soit la cadence où l’on tourne les jambes, efficace entre 55 et 125 tours par minute. De même, le moteur démarre dès que l’on effectue 50 degrés seulement de rotation (au lieu de 150 sur la version précédente) et la réponse est donc quasi immédiate. Quand aux trois différents modes d’assistance, d’origine, il sont réglés à 100 watts en Breeze, 210 en River et 250 en Rocket. Mais avec l’application Toolbox, il est non seulement possible de personnaliser le pourcentage d’assistance de chaque mode (on peut ainsi monter jusqu’à 300 watts), mais également de régler la distribution de la puissance en fonction de la force d’appui que l’on met sur les pédales.

En tout-terrain, même si la batterie de 250Wh limite forcément le champ d’action, il y a tout de même moyen de bien se faire plaisir avec ce Fazua Evation 2.0. A ce titre, il peut être intéressant d’envisager l’achat d’un deuxième accu, qui, avec son petit kilo, peut se loger très facilement dans un sac à dos et permet ainsi de rouler à peu près deux heures et demi en mode Rocket ou plus de trois heures en mixant River et Breeze. N’hésitez donc pas à dire au revendeur chez qui vous achèterez votre eZesty de commander une batterie supplémentaire en lui demandant éventuellement de vous l’offrir à la place de la petite remise de rigueur. Certains le proposent déjà, alors profitez-en. Mais si l’autonomie avec une seule batterie de 250Wh n’est pas extraordinaire et semble un peu légère, vu la légèreté de l’ensemble, cela s’avère tout de même suffisant pour effectuer autour de 800m de D+ et une trentaine de kilomètres en tout-terrain… Des chiffres qui se rapprochent de ceux de l’ancienne motorisation, alors que la puissance est plus importante. Pas mal.

Alors évidemment, les trois degrés d’assistance dispensent une aide au pédalage douce qui n’a rien à voir avec la puissance que l’on trouve chez Bosch, Shimano, Yamaha, Rocky Mountain ou Brose… Un peu comme si le maximum d’assistance se situait au niveau d’un “petit” Tour sur le Bosch, par exemple. Mais avec 5 bons kilos de moins qu’un VTTAE classique et un pédalage très proche de celui d’un vélo sans moteur, c’est juste une autre façon plutôt agréable d’envisager le VTT à assistance électrique. Sans oublier, bien sûr, la possibilité de disposer d’un VTT de type Enduro de 15,5 kilos une fois le bloc moteur/batterie déposé. En effet, l’ensemble est totalement amovible en soulevant le petit loquet situé au-dessus du bloc. Cela permet de gagner 3 kilos et de pouvoir éventuellement utiliser le vélo de manière classique.

Pour cela, Lapierre et Fazua proposent un boîtier vide en plastique qui vient combler la cavité laissée par l’absence du bloc d’assistance. Une astuce qui permet à l’acheteur de disposer esthétiquement comme techniquement de deux VTT en un. Bien vu ! Précisons également que la partie mécanique du boîtier de pédalier pèse 1,3 kg et que celle-ci ne provoque aucune résistance dès lors que le pédalage se fait sans assistance. Que l’on soit au-dessus des 25 km/h, moteur éteint, ou sans moteur du tout, on a vraiment la sensation d’être sur un Spicyle Lapierre d’Enduro – avec juste des roues en 27,5 au lieu de 29 pouces.

Une petite critique tout de même, messieurs les chefs de produit de chez Lapierre… Quand on n’a pas de capteur intégré dans la base, ni d’aimant fixé sur le disque, ce n’est pas la peine d’inventer un système simple et efficace qui permet d’éviter à l’aimant de tourner sur le rayon si c’est pour le laisser au placard !

 

Specialized Turbo Levo SL Expert Carbon

Fiche technique du vélo

  • Usage randonnée et All Mountain
  • Roues de 29 pouces AV et AR
  • Débattement 150mm AV et AR
  • Cadre en carbone
  • Reach 443mm et Stack 607mm en taille M, Offset 51mm

 

 

Moteur Specialized SL 1.1

  • Poids : 3,90kg l’ensemble batterie/moteur, 1,95 kg le moteur seul 
  • Carters : magnésium 
  • Puissance : 240 watts
  • Assistance maxi : 250%
  • Couple maxi : 35Nm
  • Modes d’assistance : 3 (Eco, Trail, Turbo) 
  • Assistance à la marche : oui

  • Batterie de 320Wh + Range Extender de 160Wh (en option à 399,90€) 
  • Temps de charge moyen: 3h00
  • Console : non
  • Commande : +/- au pouce gauche
  • Application pour réglages moteur : oui (Specialized Mission Control) 
  • Uniquement monté sur les Specialized

 

Contrairement au Turbo Levo classique, le moteur du SL ne sort pas de chez Brose et il a été entièrement développé par Specialized. Le SL 1.1 n’a donc rien à voir avec le bloc plus puissant qui équipe les Turbo et Kenevo de la marque américaine. Au contraire, il s’en démarque même complètement, puisqu’il a avant tout été conçu dans un souci de privilégier la légèreté et d’obtenir un encombrement le plus réduit possible. De plus, les composants internes n’ont absolument rien en commun, ce qui, avec l’utilisation de magnésium pour les carters, permet d’obtenir un gain de poids de 1,1kg par rapport au 2.1 du Turbo Levo, ce qui fait une bonne partie de la différence ! Et bien que ce moteur ait déjà été vu auparavant sur les modèles de route Turbo Creo, le Turbo Levo SL bénéficie malgré tout d’avancées technologiques supplémentaires en termes de logiciel, comme par exemple l’assistance à la marche.

Specialized nous dit aussi que le moteur SL 1.1 amplifie la puissance du pilote jusqu’à 240 watts et 35Nm en crête et en continu. Il est censé délivrer ainsi un couple en parfaite harmonie avec la cadence normale de pédalage d’un vététiste et proposer une assistance régulière et sans à-coups

Sur le papier toujours, plus léger d’un kilo que le bloc moteur/mécanisme de pédalier du Fazua Evation, le SL 1.1 se vante également d’offrir un support à pleine puissance sur une plus large plage de cadences de pédalage (entre 10 et 120 tours par minute) que le petit moulin allemand.

Précisons enfin que le moteur a été conçu de manière à ne fournir aucune résistance, sans assistance, ou simplement quand celle-ci se coupe à 25km/h. Dans ces conditions, le Turbo SL ne présente pas plus de frictions qu’avec un boîtier de pédalier classique. Encore une fois, on constate que Specialized a donc voulu se rapprocher au plus près du comportement d’un VTT sans moteur, c’est-à-dire, pour eux, un Stumpjumper.

Cette assistance douce et régulière, même à la puissance maximale, s’obtient malgré tout en étant un peu plus bruyante que celle du Turbo Levo et bien plus que celle du Fazua, particulièrement silencieux. Quant à la batterie de 320Wh, elle intègre un affichage Trail Display, un module ANT+/Bluetooth avec connectivité Mission Control et une commande de sélection au guidon des trois modes d’assistance (Eco/Trail/Turbo). Notons également que, comme sur les Turbo Levo classiques, pour une vision optimale, le bouton de mise en marche et l’affichage du niveau de batterie (10 diodes) et celui des modes d’assistance (3 tiers de cercle) se situent sur le dessus du tube supérieur.

En revanche, côté console et commande, Specialized fait dans le minimaliste… Certains pourront le regretter, car c’est quand même bien pratique de savoir à quelle vitesse on roule et combien de kilomètres on parcourt. Sans parler qu’au tarif où sont vendus les modèles Turbo Levo SL en carbone, la moindre des choses serait de disposer au moins d’un petit ordinateur de bord qui vous informe en temps réel… Celui-ci existe d’ailleurs bien, mais en option, à 89,90 euros. Il n’y a pas de petit profit !

 

 

Le verdict du terrain

Intéressons-nous maintenant au comportement en action de nos deux protagonistes…

 

Lapierre eZesty AM LTD Ultimate

 

Motorisation

Même si le eZesty équipé du Fazua Evation 2.0 Black Pepper grimpe désormais beaucoup plus volontiers les pentes assez raides – à condition, évidemment, de prendre soin de mouliner suffisamment et de sélectionner le mode d’assistance le plus élevé – il a quand même ses limites… Seulement, voilà en tant que testeur, plus les sorties s’enchaînent, plus on se doit d’aller chercher la difficulté, plus on se lance des défis. Surtout lorsque l’on se retrouve à deux aux guidons de deux engins comme le LP et le Spe ! Je me suis donc embarqué dans des montées que je n’avais pas osé affronter au guidon du modèle 2019 et son moteur en version 1.0. C’est ainsi que, sans me poser trop de questions, j’ai réussi à grimper des passages bien raides avec des marches et des épingles serrées, sur le couple, assez lentement, mais avec finalement une motricité et un équilibre du bike qui m’aidaient à surmonter chaque obstacle. Seul petit bémol, dans les pierres roulantes et les racines, si les capacités en franchissement de ce nouveau Lapierre – en danseuse, comme assis sur la selle – m’ont semblé toujours aussi intéressantes, le surcroît de puissance allié au diamètre de roues en 27,5 classique (pneus en 2.50) fait qu’il n’est pas rare de perdre l’adhérence de l’arrière. De subir de légères dérobades et d’être obligé parfois de se battre un peu avec le vélo pour garder la trace. Bien plus qu’avec le Levo SL équipé de roues de 29 pouces…

Bref, si j’ai adoré relever ces quelques petits défis qui demandent tout de même, reconnaissons-le, un bon bagage technique et l’habitude d’évoluer à basse vitesse sur l’équilibre, ce n’est pas en franchissement que le Lapierre m’a le plus convaincu. Car même si les trois degrés d’assistance d’origine offrent une aide au pédalage douce et suffisante dans la plupart des montées, celle-ci n’a évidemment rien à voir avec une motorisation classique… Une autre façon d’envisager le VTTAE, plus proche du pédalage d’un vélo musculaire, avec juste l’impression d’avoir de bien meilleures jambes quelles que soient les circonstances ! Inutile, donc de vouloir aller chercher régulièrement les montées extrêmes avec le eZesty, il n’est pas équipé pour ça… D’autant plus que le comportement du moteur en mode “Rocket” n’est pas toujours très agréable, avec une tendance à donner des à-coups dans l’assistance en fonction de la cadence de pédalage que l’on adopte et du pourcentage de la pente que l’on affronte. Il faut alors sans cesse chercher le compromis entre le choix du braquet et la vitesse de jambes pour essayer de compenser les baisses de régime du moulin… Et à la longue, franchement, c’est vraiment gonflant. Heureusement, le mode “Breeze”, lui, est beaucoup plus régulier et agréable. Dans la mesure où ça ne monte pas trop raide, évidemment. Je précise encore que, même en jouant sur les réglages personnalisés de puissance et de force d’appui sur les pédales, ça ne change quasiment rien et que les à-coups – légers en mode “River” et bien plus présents en mode “Rocket” – demeurent toujours présents…

Pour être tout à fait honnête, c’est plutôt dans les descentes que le eZesty excelle, que son agilité et sa nervosité lui permettent de se comporter comme une sorte de Spicy – l’enduro sans assistance de chez Lapierre – en un peu plus balèze. Surtout si l’on a parfaitement intégré l’état d’esprit que demande le système Fazua Evation 2.0 monté sur le Lapierre. A savoir : pédaler assez fort sans pour autant souffrir en montée et dévaler les pentes comme si l’on était au guidon d’un enduro sans moteur… une certaine stabilité en plus.

Et c’est encore plus flagrant, bien sûr, quand on enlève carrément le bloc moteur/batterie de son logement. Là, on bénéficie réellement d’un VTT classique, encore plus maniable et nettement plus facile à emmener au pédalage, puisqu’il a perdu 3 kilos ! De plus, on note que le kilo supplémentaire au niveau du mécanisme autour du boîtier de pédalier est idéalement placé et apporte une plus grande stabilité au vélo. Qu’il le colle au sol en descente, mais pas au pédalage. Avec le eZesty, on est donc vraiment en présence d’un concept global qui permet, comme je le disais plus haut, de disposer de deux VTT en un. Un atout.

 

Partie-cycle

Grâce à une répartition des masses concentrée autour du boîtier de pédalier et à une nouvelle cinématique de suspension – qui, rappelons-le, équipe également les Zesty et les Spicy sans assistance au pédalage -, le eZesty se rapproche énormément du comportement d’un VTT d’Enduro sans moteur… Une version hybride qui s’accommode à merveille de cette assistance plus modérée parfaitement adaptée à la philosophie du vélo. A son côté plus descendeur que grimpeur, comme je l’ai déjà dit. Un VTTAE qui ne donne pas vraiment l’impression d’en être un lorsque l’on est à son guidon.

Car la géométrie du eZesty se situe un peu entre le All Mountain et l’Enduro en 27,5 pouces, avec des bases courtes (435mm), un reach de 443mm (en taille M), un empattement raisonnable (1194 mm), un angle de fourche de 65,5° et un tube de selle plutôt droit qui permet de bien pédaler au-dessus du boîtier de pédalier. Malgré tout, par moment, quand ça monte raide, cela n’empêche pas le Lapierre d’avoir un peu tendance à cabrer inopinément. Encore une fois, plus que le Specialized. Pour aller bien droit, il faut donc davantage se concentrer pour maîtriser le vélo et placer son corps bien au-dessus du guidon en verrouillant les bras. A noter également que même si l’on fige légèrement l’amortisseur ou que l’on diminue le SAG, en montée, le boîtier se révèle un poil bas. Du coup, il faut être vigilant, sinon, les manivelles peuvent heurter assez régulièrement les obstacles

En descente, ce petit LP est un véritable régal. Un engin à la fois stable, nerveux et maniable, qui passe partout facilement en donnant vraiment confiance à son pilote. La rigidité de l’ensemble (cadre, cintre et jantes en carbone, fourche Fox 36) et la progressivité de la suspension arrière offrent à ce VTT hybride le meilleur des deux mondes… A savoir, le comportement général d’un vélo sans moteur et le côté posé et stable d’un VTTAE. Quant à la qualité de gomme que l’on trouve sur les Maxxis High Roller II, elle permet de bénéficier d’un train roulant qui combine rendement, confort, adhérence au freinage et accroche latérale… Inutile d’en rajouter, vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé le eZesty en descente ! Seul petit bémol, on pourra juste regretter le débattement un peu réduit de la tige de selle télescopique en carbone (125mm)… Une erreur sur un VTTAE taillé pour l’Enduro et la descente. Surtout quand, en face, le Specialized, lui, dispose de 140mm de débattement de selle pour un programme légèrement moins engagé.

En effet, contrairement au Turbo Levo SL, volontairement plus “light”, si le eZesty se démarque également des VTT à assistance électrique plus lourds et plus puissants, il possède néanmoins la plupart des accessoires dédiés à ce type d’engin. A savoir une fourche Fox 36 spécifique, une manette de dérailleur Single Click, des jantes asymétriques et des pneus plus costauds. Cependant, on peut dire que si Lapierre a décidé de jouer la carte de la fiabilité et la robustesse, dans l’ensemble, c’est une sage décision. En effet, vu le potentiel du vélo en descente et étant donné que les 18 kilos et quelques ne se sentent quasiment pas en action, il était logique que l’équipement soit plus proche de celui du Spicy que de celui, plus All Mountain, que l’on trouve sur le Zesty… et sur son adversaire, le Levo SL.

Enfin, pour aller au bout des choses et améliorer la motricité et la tenue de piste, on aurait aimé que Lapierre s’inspire du GLP2 et propose également un montage hybride Mullet 29 pouces à l’avant et 27,5+ à l’arrière… Pour le eZesty, cela aurait forcément aussi du sens. Alors qui sait… peut-être en 2021 ?

 

Pour qui, pour quoi faire ?

Si l’on souhaite passer au VTTAE tout en continuant à pédaler de manière naturelle et sans être assisté outre mesure, le moteur Fazua Evation 2.0 représente une excellente solution. Sans parler de l’avantage de posséder le seul VTT d’Enduro hybride 2-en-1 du marché. Sur le plat et en léger faux-plat, le mode “Breeze” est très agréable et bien progressif. Et dans les montées, en “River” ou “Rocket”, il suffit d’appuyer un peu plus fort sur les pédales et de tourner les jambes régulièrement pour obtenir une assistance très convenable qui donne l’impression d’avoir beaucoup plus la caisse que dans la réalité ! Avec l’assistance au max, le Fazua Evation 2.0 Black Pepper permet donc quand même de grimper des côtes que l’on ne pourrait pas gravir sans moteur. Quant aux deux autres modes, ils sont suffisants pour pouvoir suivre des copains plus jeunes ou plus affûtés – qui, eux, roulent encore en VTT “musculaire” – sans pour autant avoir à se mettre dans le rouge. En fait, le eZesty est carrément le vélo idéal pour une transition en douceur quand on aime l’Enduro et le pilotage en descente, mais que l’on a encore quelques réticences face aux “gros” VTTAE. Dans ce cas, avec sa belle vivacité et son côté joueur, le Lapierre ne pourra que vous emballer !

 

Points forts

+ Option 2-en-1

+ Pédalage sans assistance

+ Moteur silencieux

+ Capacités en descente

+ Suspensions

+ Prix

Points faibles

Autonomie

Assistance parfois irrégulière

Stabilité

 

 

Les notes

Poids : 8
Finition : 10
Puissance : 7
Agrément moteur : 5
Autonomie : 6
Polyvalence : 7
Motricité : 7
Franchissement : 8
Capacités en descente : 10
Prix : 8

Note finale : 76/100

 

Specialized Turbo Levo SL Expert Carbon

 

Motorisation

Ce qui impressionne le plus lorsque l’on monte sur le Levo SL, ce sont ses qualités de pédalage moteur coupé, avec comme l’incroyable impression de se trouver presque comme au guidon d’un Stumpjumper de la marque au grand S.

La sensation est très agréable et une fois lancé, il est très facile de maintenir la cadence nécessaire pour rester au-dessus des 25km/h. En mode Eco ou même sans assistance, le poids réduit, la rigidité de l’ensemble cadre/roues et les pneus polyvalents aident le SL et son pilote à avancer vite sans trop consommer d’énergie inutilement. Du coup, avec de telles qualités de rouleur et une batterie qui offre 70Wh de plus que celle du Fazua, au niveau de l’autonomie, il n’y a pas photo, c’est bien le Specialized le meilleur. D’ailleurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour un pilote de 70 kilos maxi, 60km, 1180 m de dénivelé positif et quasiment 3h30 de ride pour une batterie de 320Wh… Avouez que c’est assez bluffant ! Et avec le Range Extender optionnel de 160Wh à 390 euros, on peut monter jusqu’à 90 km et 1700 m de D+ pour un petit kilo supplémentaire embarqué simplement sur le porte bidon du vélo… Intéressant, non ?

En action, le Specialized Turbo Levo SL est un vrai régal en termes de motricité et de capacités de franchissement. Un vrai plaisir à rouler, du débutant au pilote confirmé. De plus, avec l’application Mission Control, il est possible de régler à la fois le pourcentage d’assistance de chaque mode, mais également le pic de puissance. Si l’on règle un mode à 50% et que l’on monte le pic à 100%, il est possible d’obtenir 100% du pic de puissance en pédalant de manière plus soutenue et avec un couple plus élevé. Ainsi, on tape moins dans la batterie sur les portions relativement faciles et dès que l’on appuie davantage sur les pédales, le moteur monte chercher la puissance. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait comme le mode Auto de certains modèles, mais au niveau des sensations et de la consommation, on n’en est pas si loin que ça… En plus “light”, bien sûr. Et si l’on crée un plafond artificiel en baissant le pourcentage du pic, on forcera davantage au pédalage pour avancer à la même vitesse en montée, mais en économisant davantage la batterie.

Ajoutons également que, comme le Brose/Specialized Drive S Mag 2.1, mais en bien moins puissant, le Levo SL est certainement le moteur qui donne le plus envie de se mettre à pédaler en danseuse… On se découvre ainsi des jambes de folie que l’on a jamais eues dans les relances et c’est ce qui permet parfois de passer des bons coups de cul ou des obstacles conséquents “presque” aussi facilement qu’avec une motorisation plus puissante !

Enfin, la plage d’utilisation du moteur SL 1.1 propose des cadences de pédalage qui vont désormais de 10 à 120tr/min et permettent ainsi d’en avoir davantage “sous le pied”, quelle que soit la vitesse à laquelle on tourne les jambes et les obstacles que l’on rencontre lors d’une pratique en vrai tout-terrain. Un avantage pour les pratiquants qui découvrent le VTT à assistance électrique.

 

Partie-cycle

Il suffit de jeter un œil sur le Levo SL pour constater qu’il s’inspire lui aussi de l’architecture de cadre que l’on trouve depuis quelques années chez Specialized, à savoir le Sidearm, avec positionnement asymétrique de l’amortisseur. Cependant, en s’attardant sur les détails, on s’aperçoit que ce nouveau VTTAE possède des lignes bien plus fines que son grand frère, le Turbo Levo. Surtout au niveau de l’intégration du moteur et du tube diagonal qui renferme la batterie. Normal, me direz-vous, puisque celle-ci ne fait que 320Wh et que le petit moulin est nettement moins volumineux que le Brose/Spe Drive S Mag 2.1… Le poids du SL est donc inférieur de 5 kilos à la version plus puissante, alors qu’il en fait à peine 4 de plus que le All Mountain sans moteur de la marque. Visuellement, il se situe donc sensiblement entre le Turbo Levo et le Stumpjumper classique.

Seulement sur le terrain, il s’avère que l’on est quand même nettement plus proche d’un Stumpy dans les sensations de pilotage et le comportement général. Je m’explique… Dans les montées, même celles relativement raides et techniques, par rapport à un Turbo Levo, la légèreté du SL et son excellent dynamisme permettent souvent de compenser le manque de puissance et donc de vitesse. On retrouve ainsi quasiment le comportement d’un VTT sans moteur, avec cette facilité à bouger le vélo et à pouvoir le soulever d’une impulsion en ayant parfois l’impression de le “porter” pour réussir à franchir une marche. Dans les portions les plus techniques en montées, la puissance légère mais efficace de l’assistance au pédalage vous emmène juste plus facilement jusqu’à l’obstacle et ensuite, c’est à vous de jouer et de laisser parler votre technique !

Personnellement, dans ces conditions un peu plus extrêmes, grâce à une assistance plus régulière et sans à-coups, mais également à une vivacité et un équilibre assez exceptionnels, j’ai trouvé que le Specialized Turbo Levo SL s’en sortait mieux que le Lapierre eZesty… Un vrai grimpeur qui place la barre très haut dans les passages techniques et un peu raides, tout en donnant envie de pédaler avec une assistance mini – voire sans assistance du tout – quand la pente devient plus faible. C’est donc son ADN de Trailer qui ressort ici et tranche face à celui plus montagnard et descendeur du eZesty…

Seulement voilà, chaque médaille ayant son revers, l’équipement plus léger du Spe, avec des pneus en 2.30 à gomme assez dure, des suspensions plus typées All Mountain et une géométrie un peu moins agressive, fait qu’il est un peu moins efficace en descente… Non pas qu’il est complètement largué par le LP, mais disons simplement qu’il est plus rigide, que l’on sent davantage les cassures du terrain, qu’il “vit” un peu plus, dirons-nous ! Car en dépit de ses roues de 29 pouces qui lui procurent une bonne tenue de piste, le Levo SL est effectivement moins à l’aise sur l’angle et moins confortable quand ça tabasse un peu fort que le eZesty.

Pour tenter d’y remédier, je me suis donc permis de monter une paire de roues Roval en alu chaussée de pneus Butcher Black Diamond en 2.6 sur le Specialized et de retourner faire la même descente plusieurs fois… Bah là, ce n’est plus le même vélo ! Le comportement est nettement meilleur et le grip proche de celui du Lapierre. Et même en conservant les roues en carbone, avec un pneu à gomme plus tendre à l’avant, un peu moins de pression dedans, une carcasse plus rigide et davantage de volume (2.60), on obtient à la fois rigidité, accroche et confort, tout en conservant une belle efficacité au pédalage. Bon à savoir, même si, bien sûr, le rendement et l’autonomie peuvent en pâtir légèrement. Seulement si vous roulez à la montagne ou dans le Sud de la France, sachez qu’avec seulement une paire de pneus différents, on obtient un résultat plus que probant…

Enfin, si la finition des deux vélos est irréprochable, on notera tout de même que le Specialized se démarque légèrement du Lapierre en proposant un multi-outil et un petit dérive-chaîne logés dans le haut et le bas du pivot de fourche. Pratique et astucieux.

 

Pour qui, pour quoi faire ?

Le nouveau moteur SL 1.1 développé par Specialized possède de nombreux atouts, à savoir une assistance souple et régulière et une puissance suffisante pour venir à bout de montées que l’on ne tenterait pas sans moteur… tout en bénéficiant d’un comportement très proche d’un Stumpjumper classique. Le Specialized Turbo Levo SL conviendra parfaitement à celui qui n’a pas encore franchi le pas de l’assistance électrique. Au pratiquant éclairé qui ne veut surtout pas d’un VTTAE trop lourd et trop puissant qui l’obligera à modifier radicalement sa façon de piloter. Qui recherche un pédalage proche de celui d’un VTT sans moteur, mais en disposant tout de même de pas mal de watts en plus. Avec le type d’assistance qu’offre le petit moulin SL 1.1, il est évident que ce dernier ne sera pas dépaysé… Il aura juste l’impression d’avoir deux fois plus de puissance dans les jambes et pourra ainsi retrouver une seconde jeunesse sur les sentiers !

 

Points forts

+ Assistance progressive

+ Autonomie

+ Batterie additionnelle de 160Wh

+ Pédalage naturel

+ Capacité en franchissement

+ Nervosité

Points faibles

Un peu bruyant

Presque trop rigide

 

 

Les notes

Poids : 9
Finition : 10
Puissance : 7
Agrément moteur : 8
Autonomie : 8
Polyvalence : 7,5
Motricité : 8,5
Franchissement : 9
Capacités en descente : 8
Prix : 6

Note finale : 81/100

 

 

Questions que l’on se pose…

Réponses aux questions les plus fréquentes que se pose tout pratiquant…

 

Lequel a le plus de couple ?

Si l’on ne regarde pas les chiffres des constructeurs et que l’on se fie aux sensations du terrain (et c’est bien ça le plus important), le Specialized est un cran au-dessus du Lapierre… Son excellente motricité et la sensation de pédalage naturelle que l’on ressent lui donnent une aisance supérieure quel que soit le pourcentage de la pente et la nature du terrain. Mais autrement, sur les modes “Breeze” et “River”, le Fazua Evation 2.0 se révèle quasiment aussi efficace que le Spe en matière de couple. En revanche, on peut lui reprocher une assistance un peu par à-coups en mode “Rocket”, qui vient perturber la motricité et la régularité du pédalage dès que l’on enchaîne une pente raide avec un passage au dénivelé moindre ou une simple cassure de rythme.

 

Lequel est le plus puissant ?

Sur ces VTTAE à l’assistance légère, la puissance ne fait pas tout, mais elle contribue néanmoins à donner des watts supplémentaires au pilote en lui permettant de moins se mettre dans le rouge et de gravir bien plus facilement des montées au dénivelé conséquent…

En mode “Turbo”, lorsque l’on règle les deux motorisations au maximum du pourcentage d’assistance et de réponse au pédalage, sur le terrain et dans les mêmes conditions, on n’est vraiment pas loin de l’égalité.

Et finalement, après de nombreuses heures passées sur les deux vélos, il nous est apparu que l’on pouvait s’attaquer aux mêmes difficultés avec pratiquement autant de chances de réussite au guidon de l’un qu’au guidon de l’autre !

Cependant, il n’empêche que j’ai tout de même préféré la manière plus régulière et plus linéaire dont le moteur Specialized délivre la puissance… Qu’il faut moins se battre et réfléchir en montée pour en tirer le meilleur par rapport au Lapierre et son Fazua un peu dépassé. Tout cela est subjectif, certes, mais en termes d’efficacité, il est clair que le SL 1.1 convient mieux à ma façon de pédaler que le Fazua Evation 2.0. Et je ne suis pas le seul à le dire !

 

Lequel pédale le mieux sans assistance ?

Là, c’est forcément le eZesty qui prend légèrement l’avantage. Avec son option deux-en-un originale et la possibilité de gagner trois kilos en enlevant l’ensemble moteur/batterie d’une seul geste, le Lapierre se transforme en enduro classique et pédale quasiment comme tel. C’est-à-dire un peu collé quand même ! De son côté, le Spe profite de son train roulant plus léger, de ses pneus qui offrent un meilleur rendement et de sa géométrie plus All Mountain pour s’accrocher dans la roue de son adversaire et réussir à ne pas trop se faire larguer par un LP – sans son bloc d’assistance – rappelons-le…

 

Et l’assistance à la marche ?

Avec son assistance qui se déclenche immédiatement d’un simple coup de pouce et est capable de vous emmenez à 5 km/h assis sur le vélo et jambes en l’air, on se doute bien qu’à vide et grâce à son poids plume de 17,5 kilos, le Turbo Levo SL devrait être très facile à pousser… C’est effectivement le cas et l’on sent vraiment une grosse différence avec un VTTAE qui pèse 5 ou 6 kilos de plus. On peut le placer quasiment où l’on veut, le faire monter sur le côté ou sur une dalle en dévers pendant que l’on marche dans la bonne trace et éviter ainsi de se faire cogner les jambes par les pédales qui tournent. Tout cela sans avoir réellement besoin de forcer… C’est très appréciable et vraiment plus facile !

Chez Fazua, en revanche, l’assistance à la marche n’a rien à voir avec celle du Specialized et c’est bien dommage. En effet, on a du mal à comprendre qu’un VTTAE – même s’il est équipé d’une motorisation légère – ne soit pas pourvu d’une aide à la marche digne de ce nom, pourtant bien pratique en randonnée extrême sur les parcours techniques et montagneux… Déjà, il faut redescendre en mode “Off” pour pouvoir ensuite appuyer encore une fois sur le bouton du bas et déclencher l’assistance (alors que lorsque l’on décide de pousser le vélo, c’est que l’on est souvent déjà sur le mode qui donne le plus de puissance). Mais en plus, celle-ci est trop faible et trop irrégulière… Du coup, on galère autant (voire plus) qu’avec un VTTAE plus lourd bien assisté et, à l’inverse du Levo SL, on ne peut même pas profiter du poids plus réduit du eZesty pour monter en marchant plus vite et plus facilement. A revoir.

 

Quid de l'autonomie ?

Pour un pilote de 70 kilos, avec ses 250Wh seulement, le eZesty permet de parcourir 28km, 710m de dénivelé positif et 1h50 de pur VTT dans des chemins pas toujours roulants et plutôt cassants… Précisons qu’avec une deuxième batterie identique, légère et peu encombrante, on double la mise et là, ça commence à causer davantage ! Enfin, le temps de recharge de la batterie vide est de 2 heures et 45 minutes, ce qui, pour 250Wh, est tout de même un peu long. Eh oui, n’oublions pas que c’est à peu près le temps qu’il faut pour charger une 500 watts sur un Turbo Levo classique, par exemple…

Du côté du Levo SL, avec la batterie de 320Wh intégrée dans le tube diagonal, on obtient des chiffres nettement plus intéressants… En effet, si les 70Wh supplémentaires jouent évidemment un rôle dans l’autonomie supérieure qu’affiche le Spe, vu les performances, cela ne fait pas tout. Jugez plutôt. Sur le même type de parcours, on note une distance de 58km, 1180m de D+ et pratiquement 3 heures et 30 minutes de vélo… Assez bluffant ! Et tout cela vient étayer encore un peu plus le discours de Specialized, qui affirme qu’un VTTAE plus léger typé “marathon/Trail”, bien équilibré, très nerveux, avec un petit moteur et une batterie de taille moyenne, consomme nettement moins et peut presque rivaliser – si ce n’est en performances pures, du moins en autonomie – avec un modèle plus puissant, plus lourd et équipé d’une batterie de 500 Wh. CQFD…

En revanche, au niveau du temps de charge, le Spe n’est pas vraiment plus rapide que le Lapierre, puisqu’il est de 3 heures pour 320Wh, ce qui, pour 70Wh supplémentaires par rapport au Fazua, revient pratiquement au même.

 

Et les consoles ?

Chez Specialized comme chez Lapierre, on a fait le choix – discutable – de ne pas proposer de consoles. Cependant, si elle n’existe pas pour le Fazua Evation, on en trouve une commune pour la gamme Specialized à assistance électrique, à savoir, Turbo Levo, Kenevo et Levo SL. Malheureusement, quel que soit le modèle et son prix (y compris les S-Works haut de gamme), la Turbo Connect Display reste en option à 89,90 euros… Dommage.

 

Et vis-à-vis de la concurrence ?

Le Lapierre eZesty et le Specialized Turbo Levo SL sont concurrentiels et pour l’instant, au niveau des performances, ils sont tous les deux uniques en leur genre sur le marché français… C’est pour cela que nous avons réalisé ce face-à-face et c’est là tout son intérêt !

De potentiels concurrents commencent malgré tout à pointer le bout de leur nez – comme le Forestal Siryon – affaire à suivre…

 

 

Ce type de VTTAE peut-il trouver son public ?

Dans la mesure où il existe encore une grande majorité de purs vététistes qui roulent toujours en “musculaire” et que ceux-ci vont être de plus en plus nombreux à sauter le pas dans les mois ou les années qui viennent, j’aurais tendance à dire oui… En effet, le poids plus réduit et l’assistance relativement douce permettront à tous ces utilisateurs de ne pas se sentir trop dépaysés au guidon de leur nouvelle monture. De ne pas trop modifier leur façon de pédaler et de piloter. En revanche, si l’on a déjà goûté aux joies du VTT à assistance électrique classique, là, il est évident que ce sera beaucoup plus difficile de faire machine arrière ! Mais attendez-vous quand même à ce que le pionnier Lapierre et son concurrent direct, Specialized, ne soient bientôt plus les seuls à proposer ce genre de modèles sportifs à assistance électrique sur le marché du VTTAE. Comme c’est déjà le cas pour la route, en 2021 et 2022, je vois bien certaines marques étoffer leur gamme avec ce genre d’engin. Je peux me tromper, mais j’en doute !

 

 

Le bilan…

Après de nombreuses heures de selle et de temps passé à réfléchir sur le comportement et l’utilité de ces deux VTTAE que l’on nomme pudiquement “différents”, c’est le moment de conclure ce face-à-face… Alors, qu’ai-je retenu et qu’ai-je vu ?

Tout d’abord, j’ai vu que les chiffres étaient raccord avec les sensations sur le terrain… Et ce n’est pas toujours le cas. J’ai vu que, nouveauté oblige, le Specialized Turbo Levo SL est plus abouti au niveau de la motorisation, plus agréable au pédalage et un peu plus en phase avec ce que l’on est en droit d’attendre d’un modèle à assistance électrique légère en tout-terrain.

J’ai vu que le LP était un excellent descendeur et que le Spe, lui, se taillait la part du lion au pédalage et dans les montées. Partant de là, si vous êtes plutôt enduriste, dirigez-vous vers le Lapierre, vous ne serez pas déçu… Et si votre pratique se tourne davantage vers la randonnée sportive ou le XC extrême, choisissez alors le Specialized, il correspondra tout à fait à vos desiderata.

J’ai vu qu’il fallait sacrément tourner les jambes pour obtenir le plus d’assistance possible dans le dénivelé positif… Pas toujours évident à capter pour les débutants.

J’ai vu que quand ça montait vraiment raide, le moteur Fazua du eZesty ne donnait plus d’à coups.

J’ai vu que même s’il avait disposé également d’une batterie de 320Wh au lieu de 250, le eZesty se serait fait laminer par le Levo SL en termes d’autonomie.

J’ai vu que la finition des deux vélos de ce face-à-face était en tous points exemplaire.

J’ai vu que le Lapierre était le plus adapté aux terrains cassants du Sud de la France…

J’ai vu aussi que le Specialized s’en sortait à merveille sur tous les parcours, pourvu qu’on lui monte les pneus adéquats.

J’ai vu qu’il fallait quand même une bonne technique si l’on voulait réussir à franchir du costaud et du technique en montée avec ce type d’assistance… Sur le Spe, comme sur le LP !

Enfin, j’ai constaté que dans des styles différents, les deux marques nous proposaient des vélos, qui, dans leur concept, voulaient nous faire oublier au maximum la présence d’une assistance au pédalage – que ce soit au niveau du look ou du comportement… En allant même, pour Lapierre, jusqu’à offrir une solution pour enlever facilement et complètement le bloc moteur/batterie !

Chez Specialized, on veut clairement nous convaincre que le Levo SL est une sorte de Stumpjumper qui donne des ailes au pédalage en procurant deux fois la puissance de son pilote. Et avec son équipement ciblé, sa géométrie polyvalente et son assistance toute en douceur, on valide à 100%. Un bike idéal pour des parcours genre Transvésubienne où les qualités au pédalage, à la marche et en portage sont aussi importantes que les capacités en franchissement et en descente !

Chez Lapierre, c’est davantage vers l’Enduro que l’on s’est orienté, avec un eZesty complètement dans l’ADN du Spicy de la marque. Avec des roues en 27,5, certes, mais équipé d’une fourche Fox 36 et d’un ensemble système de suspension/amortisseur/pneumatiques taillé pour la descente et moins pour le pédalage. Un bike idéal pour monter sans forcer en haut des spéciales et se lâcher ensuite !

Avec ces deux spécimens différents, il y en a donc pour tous les goûts et c’est ça qui est bien… Pour toutes les bourses, en revanche, on est loin du compte, même si Specialized et Lapierre ont fait un “effort” en proposant un premier modèle à 5999 euros, en aluminium pour l’Américain, mais toujours en carbone avec des composants un peu moins haut de gamme pour le Français.

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