Second match de la Rédaction VTTAE.fr. Le premier décortiquait deux offres sous la barre symbolique des 4000€. Nous voici juste au dessus. Au coeur de la gamme de prix supérieure.

Un palier où l’offre bat son plein. Les derniers standards y croisent le fer. Les marques s’y affrontent à couteaux tirés. Les différences se font dans un mouchoir de poche. Nous y avons sélectionné deux modèles susceptibles de nous en dire plus.

Sur bien des points, ils s’opposent. Par là même, ils balayent un large spectre. Leur opposition a du sens à un plus d’un titre. Lapierre Overvolt AM500+ contre Giant Full E+1. Que le match commence..!

 


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L’idée…

4299€ pour le Lapierre. 4399€ pour le Giant. 100€ d’écart. À peine 2%. À cette échelle, statu-quo. D’autant qu’au moment de l’achat, il se peut que certains bénéficient d’une offre particulière réduisant encore la différence. Nous voici donc sur un match à tarifs, si ce n’est identiques, similaires.

Force est de constater qu’à ce prix, Lapierre et Giant s’opposent. Motorisation, transmission, suspension, freinage, roues… À tous les postes ou presque, les deux marques prennent un chemin différent. Qui vaut quoi ? Quelles différences notoires sur le terrain ? Quel impact sur le comportement global du vélo ? Et in-fine, lequel est susceptible de convenir ? Voici les enjeux de ce match à armes égales ?!

 

 

Les protagonistes

À y regarder de plus près, les deux protagonistes de cet essai se ressemblent autant qu’ils s’opposent. 140mm de débattement avant/arrière. Cadres et fourches au standard Boost. Batteries de 500wh. Roues de 27,5 pouces de diamètre. Tige de selle, selle, cintres et potence maison les rapprochent.

Mais pour le reste, des concurrents directs s’opposent. Sram vs Shimano. Fox vs RockShox. Yamaha vs Bosch… Et que dire de la largeur des pneus… Voyons chacun en détail !

 

Lapierre

Overvolt AM500+

4299 euros
23,420 kg (vérifié, sans pédales, taille L, pneus avec chambres à air)

Dans l’histoire de la gamme Lapierre, le AM500+ est le descendant direct de l’Overvolt première génération. Le premier véritable VTTAE de la marque dijonnaise. Son cadre aluminium reprend donc une bonne partie des codes du best-seller, avec quelques évolutions notoires.

Un savoir faire électrique qui se retrouve dans les choix d’équipement de la marque. À chaque poste ou presque, un standard et des choix qui inspirent confiance…

Giant

Full E+1

4399 euros
23,300 kg (vérifié, sans pédales, taille L, un pneu en chambre)

Chez Giant aussi, l’électrique – Hybrid au catalogue taïwanais – ne date pas d’hier. Sur le marché français, la marque a fait partie des plus dynamiques en la matière. Le Full E+1 2017 est donc aussi une évolution, majeure celle-ci, du modèle précédent…

Ici aussi, le savoir faire est indéniable. Mais c’est désormais une évidence, le Giant fait des choix opposés ou du moins, concurrents…

 

 

Motorisation : Giant vs Bosch

Vélo électriques oblige, on attaque ce match par un poste clé : la motorisation ! Deux philosophies s’opposent. Lapierre s’appuie sur le savoir faire du leader du segment : Bosch. Giant affirme sa position de géant de l’industrie en collaborant à sa propre motorisation avec Yamaha.

Sur le terrain, la première différence porte sur l’asservissement de l’assistance. Cette manière avec laquelle le système scrute notre pédalage et y ajuste la puissance. La prestation Bosch est bien asservie. Elle suit bien les variations de puissance. Elle y répond de manière souple et progressive. La prestation Giant/Yamaha est plus binaire. Certaines petite variation sont laissées de côté. Et lorsque qu’elles sont suffisantes pour en tenir compte, la puissance arrive plus brutalement.

La seconde porte sur l’impression de rendement. La motorisation Yamaha est silencieuse. En absence d’assistance, aucun son ne transparaît. Le pédalage est libre, fluide. En action, seul un sifflement du moteur électrique s’ajoute. Même à vide, la motorisation Bosch fait entendre le son de ses trains d’engrenage. Les vibrations sont sensibles. Il faut vraiment rester dans la plage d’assistance pour tirer parti du vélo.

 

 

Transmissions : Shimano vs Sram

Associée à la motorisation et l’usage que l’on en fait : la transmission ! On a ici affaire à un match dans le match. Mono contre double plateau. Sram vs Shimano. Le sujet mériterait à lui seule une publication complète. Mais restons concentrés sur ce que cette configuration d’essai met en évidence.

À commencer par la qualité des changements de vitesses. L’une comme l’autre passe sans crier garde. La motorisation Bosch sert ici la transmission Sram. Pas de tension importante comme on a pu le sentir à l’essai de la motorisation Brose sur le Specialized Turbo Levo FSR. La souplesse est de mise, comme avec la solution Shimano du Giant.

À l’usage, la différence se fait plus sur la facilité d’usage. Fidèles à ce que l’on a pu écrire lors du match précédent : on reste convaincu que la simplicité a du bon. Les deux plateaux du Giant demandent une attention qui parait bien inutile lorsque l’on enfourche ensuite le Lapierre.

 

 

Autonomie

Motorisation et transmission. Les deux points précédents, ont leur importance au moment de parler d’autonomie. Notamment parce qu’à l’usage, une différence notable apparaît.

Sur circuit identique, effectué à la suite, dans les mêmes conditions et ne sollicitant les niveaux d’assistance de la même manière, le Lapierre Overvolt consomme 10 à 15% de batterie en plus. Si l’on va plus loin encore, les deux vélos n’incitent pas à se servir de l’assistance de la même manière.

“Avec le Giant, on prend l’habitude de couper l’assistance. […] la peur de la panne s’estompe.”

Sur le Lapierre, le rendement n’est pas bon une fois sorti de l’assistance. Au delà de 25km/h, la coupure est vécue comme un coup dur. Ralentir pour en récupérer le bénéfice devient une priorité. Sur le Giant, il faut parfois regarder le compteur et tendre l’oreille pour savoir si l’assistance est encore active. Au delà de 25km/h sans assistance, le vélo continue à pédaler de belle manière.

Au point qu’avec le Giant Full E+1, on prend même l’habitude de couper l’assistance sur les zones plates et roulantes. La motorisation du Giant n’implique pas de vibration et de perte de rendement à vide comme peut le faire la solution Bosch. Le rendu est agréable et très intéressant pour un VTTAE. Les gains d’autonomie sont alors décuplés. L’écart se creuse et la peur de la panne s’estompe.

 

 

Roues : 2.6 vs 2.8 pouces

Les motorisation ne sont pas seules responsables. Les trains roulants sont indéniablement partie prenante dans cette différence d’usage. Les pneus plus précisément. Il suffit de faire un essai en roue libre, à la descente, sur sol dur. Les pneus 27,5 pouces + du Lapierre roulent bien moins que ceux du Giant. Ceci explique cela.

Reste que ces deux formats ont leur propres avantages lorsqu’il s’agit de parler d’autres cas de figure. Sur le Giant, les pneus 2.6 pouces ont une part des avantages des plus gros. En ajustant correctement la pression, le confort et l’adhérence est proche des concurrents tout en laissant une part de perception du sol en plus. Surtout, ils gardent une certaine réactivité pour donner de la maniabilité au vélo.

Sur le Lapierre, les pneus 27,5 pouces + offrent une toute autre prestation. La stabilité prend le pas sur la réactivité. Le grip et le confort offrent des perspectives là où la sensibilité et la réactivité des pneus 2.6 pouces trouvent leurs limites. C’est indéniable. Sans une certaine fragilité sur terrain cassant, les pneus 27,5 pouces + donneraient une toute autre capacité d’encaissement au Lapierre. Pour l’heure, on l’entr’aperçoit.

 

 

Suspensions : Fox vs RockShox

En matière de confort, de stabilité et d’adhérence, les suspensions ont leur mot à dire. Ici aussi, le match apporte son lot de contribution.

Notamment en matière de gestion de la détente à haute vitesse. La manière dont réagit le vélo après avoir tapé fort dans un trou, une compression, à l’impulsion ou la réception d’un saut, d’une marche. Les suspensions Fox du Giant maîtrisent mieux ce cas de figure. Elles lui confèrent une meilleure stabilité. Le Lapierre demande plus de vigilance et d’attention. D’engagement, coudes écartés et buste bien gainé. Une attitude cohérente vis-à-vis des capacités d’encaissement et du large cintre sur lequel s’appuyer.

Statu-quo en matière de sensibilité et en matière de qualité de guidage. La Fox 34 en boost notamment, n’a pas à rougir face à la concurrence. On lui découvre un châssis aussi précis et consistant que les RockShox Pike/Yari malgré des pneus plus fins qui transmettent plus.

 

 

Freinage : Sram vs Shimano

Dernier point d’affrontement, et finalement non des moindres, le freinage. En la matière, une petite nuance peut avoir de grosses conséquences sur le tempérament des montures.

Les freins Shimano du Giant sont plus brutaux. En un sens, ils participent à la vivacité, au caractère du vélo. Il faut savoir en jouer pour dynamiser le vélo, et le faire vivre. Les freins Sram sont un peu plus doux dans l’attaque des freinages, puis ce qu’il faut de puissants pour moduler. De quoi afficher la sérénité nécessaires pour piloter l’engin la vitesse venue.

 

 

Agilité

En matière d’agilité c’est donc un tout qui fait la différence entre les deux modèles. Le Giant peut sembler plus vif et réactif. Il se situe dans une plage de vitesse logique pour son positionnement All Mountain. On s’emploie, mais on s’amuse à son guidon. On peut le brusquer un peu en courbe. On peut se faufiler et prendre plaisir à placer les roues entre les obstacles. On peut tirer sur le cintre, cabrer et enrouler à la montée pour se prêter au jeu des franchissement successifs. Un plaisir sur terrains vallonnés et ludiques où le rythme et le flow sont au coeur du sujet. Au delà, ça brasse un peu. On sort de la plage d’utilisation.

Le Lapierre parait plus sage, et surtout plus en dedans dans ces conditions. Notamment parce qu’à basse vitesse, il souffre d’une direction un peu pataude. Il lui faut un peu de vitesse pour être à l’aise. Il se rapproche plus d’une pratique Enduro. Prendre son temps, rester calme et ne pas se presser en liaison… Avant de prendre une autre dimension à un régime supérieur, en descente notamment. Les capacités d’encaissement y sont plus importantes. Le confort y est plus présent aussi. Le centre de gravité plus bas offre ce qu’il faut de confiance en plus.

 

 

Conclusion

Les deux protagonistes de cet essai sont de bons vélo. Ils offrent de bonnes bases pour rouler sereinement et qui sait, progresser. Les choix à chaque poste ont leur influence sur les tempéraments affichés.

Aspect positif, il n’y a pas de faute de goût ou d’approximations. Une bonne chose à ce tarif là. Tous les ingrédients y sont pour prendre de bonnes habitudes. Reste que les prestations ne correspondent pas aux mêmes tempérament.

Il n’existe pas, ici, une vérité générale, valable pour tous. Il faut nécessairement faire le lien avec son propre tempérament pour prendre parti, et trouver la monture qui convienne…

 

“Beau à l’oeil comme à propos sur le terrain, le Giant Full E+1 a ce qu’il faut d’un best seller sur une pratique All Mountain variée et rythmée. Agile, précis et réactif, il ne demande qu’à jouer du terrain pour distiller son lot de petites sensations kilomètres après kilomètres. Et vu son autonomie, on est presque certains d’une chose : bien souvent, le bonhomme en sera fatigué avant la machine !”

“Moins séduisant au premier abord, le Lapierre Overvolt AM500+ se révèle vraiment à l’usage. Une fois que l’on ose repousser les limites de l’engagement. On constate alors que finalement, il n’en a pas tant de ce point de vue ! Une monture qui peut le plus, comme le moins sur ce point. Et c’est bien là toute sa force. Une plage d’utilisation plus large, à défaut d’être plus longue…”

 

Choix particulier

Mais alors ? Lequel à notre préférence ?! Pour illustrer nos propos, voici mon exemple, personnel. Il ne vaut pas vérité générale. Il n’est pas exposé pour tenter d’attirer quiconque vers les mêmes conclusions. Mais bien pour montrer comment faire usage des éléments relatés par ce match et faire son propre choix…

“Je suis, pour ma part, un pratiquant enduriste de la première heure. Et même lorsque ma pratique m’amène à des usages plus All Mountain, je tire toujours plus de plaisir dans les portions descendantes qu’à plat. J’aime la vitesse, l’engagement, l’action. J’apprécie d’être économe et de me sentir efficace au pédalage, mais ces éléments viennent toujours après mes prestations de pilote. 

Je suis encore jeune et tire pleinement parti de longues sorties en vélo traditionnel pour l’aspect gratifiant de l’endurance. Ma pratique VTTAE ne consiste donc pas à repousser des limites de temps ou de durée, mais bien de changer la nature et l’intensité de certaines sorties.

C’est dans ce contexte que je m’exprime. Mes origines, et le plus gros de mon tempérament me pousse à préférer le Lapierre Overvolt AM500+. Pour ses aptitudes à haute vitesse. Pour le potentiel qu’il laisse entrevoir dès qu’il y a un peu de pente pour s’amuser. Ce sont ces instants, en premier lieu, qui me viennent à l’esprit quand je me remémore les essais. 

Alors même qu’en relisant l’article, je constate que de manière objective, le Lapierre est moins irréprochable que le Giant. Qu’importe, j’aurais envie de prendre ce risque. D’ailleurs, à mes yeux, le Overvolt AM500+ serait presque idéal avec le rendement et l’autonomie du Giant Full E+1…”

Et vous ? Sur le même schéma “profil du pilote / critère de choix / solution idéal” > faites nous part de vos sensibilités en commentaires. C’est l’occasion d’échanger, de s’écouter et d’apprendre à se connaitre de manière ordonnée et respectueuse. À très vite 😉

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