L’air de rien, la question mérite d’être posée. Que l’on se convertisse à l’assistance après avoir longtemps écumé les chemins à VTT traditionnel… Ou que l’on découvre la pratique à travers nos engins d’un nouveau genre… La question du débattement a le chic pour poser souci.

Sur ce sujet, plusieurs écoles s’affrontent. En l’occurrence, celle du qui peut le plus peut le moins mène la vie dure à quelques certitudes héritées du VTT classique. L’assistance permettrait-elle d’utiliser de plus gros vélos ? Quelle place le débattement joue-t-il dans le comportement du vélo ? Qu’apporte-t-il ? 

Des questions auxquelles cet essai particulier veut trouver des éléments de réponse. Un match entre les deux frères Moustache Samedi 27 Trail et Samedi 27 Race, à lire en deux temps : ce qui différencie les deux modèles de série, et pour aller plus loin. Voyons voir…

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes


 

Au sommaire de cet article :

 

 


Les frères Moustache

Le choix des Moustache Samedi 27 Trail et Samedi 27 Race n’est pas anodin. Un simple coup d’oeil suffit pour constater que les deux modèles partagent beaucoup de choses. C’est bien là tout l’intérêt de les réunir, et de les opposer.

Retenus dans des niveaux de gamme identiques – Moustache Samedi 27 Trail 9 Carbon & Moustache Samedi 27 Race 9 Carbon – il est même plus pertinent d’évoquer ce qui les distingue…

* Cliquer sur les images de la galerie ci-dessous pour profiter de leurs commentaires en légende 😉

De cette manière, il convient de préciser deux points importants pour la suite de cet essai…

 

 


Dans un premier temps…

Cet essai débute sur une confrontation très simple : Moustache Samedi 27 Trail et Samedi 27 Race entièrement de série, scrupuleusement réglés de la même manière, pour réduire encore le nombre de paramètre susceptible d’influer sur les ressentis :

  • Même pression de pneus > 1,20 bars dans chaque
  • Même hauteur de selle > 75cm pour mes 81cm d’entrejambe
  • Même hauteur sous potence > 15mm d’entretoises
  • Même SAG de suspension > 30% de course, avant et arrière*
  • Même réglage de détente > molettes en milieu de plage
  • Même usage des réglages de compressions > ouvertes
  • Même niveau de charge des batterie > pleines en début de séance
  • Même mode d’assistance > eMtb, pour laisser place à un pilotage naturel

*SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre/épaule à l’aplomb du guidon.

 

 


À l’avantage du Moustache Samedi 27 Trail (140)

* Cliquer sur chaque onglet ci-dessous pour découvrir les propos spécifiques à chaque situation 😉

Au train, sur terrain lisse, les deux montures se valent. Il y a bien une légère différence de position mais pour l’heure, elle n’a rien de rédhibitoire. C’est lorsque le terrain devient plus trialisant, cassant, avec succession de franchissements que la différence se forge.

Dans ces conditions, les mouvements d’assiette du Moustache Samedi 27 Race ont naturellement tendance à tanquer ses roues dans les trous. À l’oreille, le moteur produit plus de pics de puissance, quel que soit le mode. On limite l’effet avec les plateformes de pédalage, et quelques clics de frein en détente à l’avant, mais la solution reste moins pratique.

Elle ne concurrence pas le Moustache Samedi 27 Trail, bien plus stable, fluide, constant… Bref, efficace et sain dans ces conditions. Le son du moteur est bien plus serein et régulier. À l’avant, la fourche semble aussi mieux fonctionner. Est-ce la position plus portée sur l’avant ? Le châssis plus souple ?

L’avantage au Moustache Samedi 27 Trail augmente encore quand la pente devient folle et que l’on s’attaque aux côtes les plus extrêmes. Dans ces conditions, il ne faut pas longtemps au Moustache Samedi 27 Race pour délester de l’avant. Même bloqué de l’arrière, assis en bec de selle, tout le poids sur l’avant, les limites d’adhérence et d’équilibre sont vites atteintes.

Dans les mêmes conditions, la suspension arrière du Moustache Samedi 27 Trail, manifestement plus chargée en hydraulique, offre une assise et une précision qui se prête à la situation. Ce qui peut poser problème sur le Moustache Samedi 27 Race devient un jeu d’enfant avec le Moustache Samedi 27 Trail. Vu autrement, le second permet de repousser les limites et s’attaquer à pire encore…

Revenons dans des pentes plus communes, où ça descend. Quand ça tourne, l’écart entre les Moustache Samedi 27 Trail et Samedi 27 Race reste bien présent, mais tient plus d’une différence de caractère et de style, que de capacité.

Quand c’est lent et sinueux, le Moustache Samedi 27 Trail tourne assez naturellement, sur l’instant, en braquant le cintre. Le Moustache Samedi 27 Race est capable d’autant, mais appelle à mettre de l’angle, se déhancher et inventer des appuis où il n’y en a pas.

“Le domaine où tout bascule…”

Quand les courbes s’ouvrent et que la vitesse augmente, le Moustache Samedi 27 Trail touche à ses limites. Le train avant est plus imprécis. Passé une certaine vitesse, rien n’y fait : on sent le châssis de la Fox 34 se déformer, le pneu avant entrer en limite d’adhérence, et la direction manquer de stabilité.

À cet instant, le Moustache Samedi 27 Race prend les devants. Son rayon de braquage naturellement plus grand est à son avantage. Passé une certaine vitesse, tourner n’est plus une débauche de talent, mais une facilité sur laquelle compter pour enchaîner…

 

 


À l’avantage du Moustache Samedi 27 Race (160)

* Cliquer sur chaque onglet ci-dessous pour découvrir les propos spécifiques à chaque situation 😉

Une fois lancé dans la pente, celle qui descend, la différence se manifeste encore entre les deux protagonistes. Lorsqu’il faut sauter pour survoler un obstacle, Moustache Samedi 27 Trail et Samedi 27 Race n’offrent pas le même visage.

Le premier est plus vif, réactif, direct à l’impulsion. Toute proportion gardée – il reste un VTTAE de plus de 20kg – c’est celui des eux qui se rapproche le plus des VTT traditionnels All Mountain et Enduro. J’entends par là qu’adopter un pilotage qui repose sur certains automatismes a une chance de porter ses fruits.

Sur le second, il faut bien davantage faire preuve d’une technique héritée de la Descente, ou de la moto. Tout s’y passe d’une manière plus posée, dans un timing différent. Faire usage du terrain est indispensable, et permet des amplitudes plus importantes.

Dans tous les cas, c’est lors de freinages appuyés que l’on perçoit le plus ostensiblement la différence entre les Moustache Samedi 27 Trail et Samedi 27 Race. Passé une certaine vitesse, le pneu avant, le châssis de la Fox 34 et la position portée sur le cintre ne font pas très bon ménage lors des freinages appuyés avec le Moustache Samedi 27 Trail.

Dans ces conditions, les capacités du Moustache Samedi 27 Race sont bien plus importantes. Son assiette reste plus haute de l’avant, l’adhérence à la roue repousse clairement les limites, et quoi qu’il arrive, le poids est mieux porté par la Fox 36.

 

 


Premières conclusions…

Assez naturellement, on peut donc considérer que le Moustache Samedi 27 Race soit plus à même de rouler fort sur terrain cassant et pentu. On pense à la montagne notamment, les Alpes et les Pyrénées pour ceux qui nous concernent le plus.

Sur le reste des massifs il n’est pas si certain qu’un Moustache Samedi 27 Trail soit beaucoup plus lent qu’un Samedi 27 Race. Tant que la pente et les appuis prononcés sur le train avant ne creusent pas l’écart, les deux montures offrent même plutôt des capacités proches, mais via des styles et tempérament différents.

Le plus petit des deux est plutôt vif, stable, réactif. Il peut faire de belles choses entre les mains d’un pilote qui sait prendre l’initiative et/ou compte sur des automatismes en provenance d’une pratique traditionnelle. Le plus gros se pilote de manière plus coulée, ronde, fluide, sur l’angle… Question de tempérament !

 

 


Pour aller plus loin…

Pour l’heure, ces ressentis peuvent intéresser ceux qui, au sein de la gamme de la marque vosgienne, hésitent entre Moustache Samedi 27 Trail et Samedi 27 Race. Si sur le papier, le débattement fait partie des premières différences qui sautent aux yeux, voilà ce qu’il en est à l’usage.

Les différences rapportées jusqu’ici ne reposent pas uniquement sur les courses de suspension. J’évoque, à plusieurs reprises, l’influence des différences de géométrie et de châssis des fourches dans mes propos. À juste titre ! J’en ai vérifié l’étendue à la suite de mes essais.

J’ai tour à tour changé de pneus, de fourches et d’amortisseur pour aboutir à une configuration d’essai bien précise : même géométrie, même settings de suspension et même rigidité de châssis de fourche… Pour au final, le débattement des suspensions pour seule différence.

 

 


Le constat ?

Dans ce cas, on sent clairement que le Moustache Samedi 27 Race y perd. Sans passer par de mauvais compromis en matière de réglages des suspensions, son débattement lui procure, quoi qu’il arrive, une dose de lourdeur supplémentaire. il a besoin de sa géométrie d’origine pour rester actif. La marque ne s’y est pas trompé. 

Le Moustache Samedi 27 Trail tire parti d’un châssis de fourche plus rigide. Avec un pneu plus cramponné, tout ce qui constituait une limite n’en est plus une. On explore de nouvelles choses à son guidon et c’est sur ce montage que je finis de me forger certains enseignements de cette expérience…

Au guidon du Moustache Samedi 27 Trail ainsi équipé, je perçois nettement que les capacités de ce vélo se rapprochent du Moustache Samedi 27 Race de série. Pour autant, les deux n’offrent pas les mêmes visages. Les premières conclusions de cet essai son même confirmées.

 

 


Comment choisir ?!

En premier lieu, que le débattement a bien une influence sur le comportement d’un VTTAE. Plus il y en a, plus le vélo peut passer d’un caractère dynamique à un caractère tranquille… Voir pataud. Où se situer ? Telle est la question !

Le questionnaire, ci-dessous, peut donc s’avérer être une solution intéressante pour aider au choix… Au delà des chiffres, il permet à chacun de s’interroger et trouver des réponses intéressantes.

Les plus pointilleux, peuvent dans leur coin pondérer les questions en fonction de leurs importances. Au final, le nombre de point, collecté par chaque débattement permet d’obtenir une tendance instructive.

 

 

Peut-on généraliser ?!

La question est en droit de se poser. Après tout, l’expérience ne fait appel qu’à une marque, et deux modèles voisins. Qu’en est-il vis-à-vis de produits de marques différentes ? Une fois de plus, l’idée que d’autres paramètres que le simple débattement entre en jeu apporte une réponse claire : Il est un indicateur, mais pas un critère de choix prépondérant. 

Et qu’en est-il pour des différences de débattement supérieures au 20mm d’écart étudiés ici ? Là aussi certains éléments peuvent apporter réponse. Cette valeur se distingue comme celle autour de laquelle l’écart de débattement n’est pas fondamentale. Au delà, il peut effectivement y avoir débat. En dessous, laisser ce paramètre de côté est la meilleure option.

 

 

Au final !

Il n’y a pas de vérité générale en matière de débattement. Il forme un tout avec d’autres paramètres à prendre en compte. La logique du qui peut le plus peut le moins n’a pas de sens. Elle peut même mener à l’echec : les VTTAE à fort débattement peuvent être de véritables machines de guerre.

Mieux vaut donc apprendre à se connaitre et prendre le temps de réfléchir un peu pour effectuer un choix fort, et raisonné… Ou encore chercher conseil, patiemment. En matière de vélo, un seul paramètre ne peut à lui seul servir d’indicateur.

C’est bien une analyse détaillée et construite qui prévaut. Puissent les éléments d’analyse relatés ici servir de base à chacun… Et aux échanges constructifs ouverts en commentaires ci-dessous 😉 À très vite !

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