Bosch célèbre cette année les 10 ans de sa “petite” équipe Ebike Systems, pionnière dans le domaine des motorisations centrales à destination des vélos urbains et surtout du “vrai” VTT.

Malgré de belles et nombreuses remises à niveau au fil de ses dernières saisons, mode eMTB en tête, à l’heure du VTT moderne, malmené par la concurrence qui a fourbi ses armes, le moteur Perfomance CX souffre aujourd’hui de ses lacunes : encombrement, poids, frictions, étanchéité/encrassement…

Mais ça, c’était avant… Bosch dévoile aujourd’hui sa nouvelle génération de Performance CX !

 


Temps de lecture estimé : 12 minutes – Photos : Bosch/Damien Guiot


 

 

De la direction assistée au VTT

Qu’on se le dise, le moteur Bosch Performance CX a tout simplement tout raflé dans la jeune histoire de la compétition VTTAE. Le système Performance CX est largement plébiscité pour ses performances d’assistance, la gestion de sa puissance en terrain accidenté.

Lorsque l’on est pionnier dans un domaine, à un moment donné, et c’est le cycle de vie “logique” d’un produit, on se fait généralement rattraper puis finalement dépasser par les innovations concurrentes. Inexorablement, c’est le cas aujourd’hui pour le Performance CX qui, et c’est l’instant “le saviez-vous”, était une adaptation d’un moteur… de direction assistée automobile !

Alors même si Bosch remporte encore certainement (et largement ?!) la bataille du volume dans l’Industrie, la concurrence – avec Shimano en tête – a su finement capitaliser ces dernières années sur les faiblesses du leader Bosch : motorisation compacte et légère, à plateau VTT conventionnel plutôt que pignon, quasi dépourvu de frictions, avec moins de modes d’assistance, un système souvent ouvert permettant une certaine liberté de conception et d’adaptation de batterie interne, un écran minimaliste et la possibilité de personnaliser les modes à sa guise via le téléphone…  Et ce, sans forcément supplanter Bosch sur ses qualités d’assistance électrique.

Mais de quoi malmener le leader sur le terrain de l’image et remettre en question l’option Bosch aux yeux des concepteurs de VTT(AE) modernes.

Le mastodonte industriel aux 410 000 collaborateurs dans le monde se devait de réagir. Voici sa réponse…

 

 

Bosch Performance CX 2020

Quels sont les axes de travail de Bosch ? Comment la marque orientée “grand public” entend se différencier ? A t elle compris les dernières attentes à VTT ?

 

Plus compact, plus léger

En grossissant le trait, chaque centaine de grammes économisée tout comme chaque millimètre de gagné en terme d’encombrement, pour peu qu’ils soient judicieusement placés, peuvent avoir une incidence positive sur la dynamique et le comportement d’un VTTAE. La première étape logique dans l’évolution du Performance CX est donc une cure d’amincissement.

A l’image d’un Shimano Steps e8000 ou d’un Brose Drive S mag, Bosch a donc travaillé la compacité (-50%) et la légèreté (-25%). Grâce à une construction en magnésium, la nouvelle motorisation sportive Bosch passe de 4kg à 2,9kg sur la balance.

 

Plus étroite sur tous les plans, elle permet davantage de liberté aux concepteurs de vélos en matière de géométrie. Ainsi, on peut envisager des bases “courtes” en 27,5 (425mm) comme en 29 pouces (440mm).

Revers de la médaille, déjà vu par ailleurs chez la concurrence, confiner un moteur puissant dans un espace restreint peut entraîner des problèmes de (sur)chauffe. Bosch a pris en compte cette problématique dans la conception même de son bloc moteur avec des ailettes frontales qui permettent une dissipation optimale de la chaleur générée à l’effort.

Dernier point concernant l’architecture, pour corriger une autre faille soulevée par les utilisateurs, Bosch a équipé le nouveau moteur de plusieurs joints et système de bagues afin de garantir une étanchéité à toute épreuve en conditions humides.

 

Pédalage plus naturel

La nouvelle compacité de l’unité Performance CX a un autre avantage, celui de permettre un Q Factor (écartement entre les manivelles) contenu. D’une génération à l’autre, Bosch passe de 180mm à 175mm, bien plus proche de l’écartement “naturel” d’un VTT conventionnel. Vous aurez ainsi moins l’impression de pédaler tel un cow-boy… 😉

Dans sa quête du pédalage plus “naturel”, Bosch s’est attaqué à un autre chantier, son gros point faible jusqu’alors : la réduction des frictions au pédalage. Qu’il soit en mode Off, en fonctionnement, ou même en pause passée la vitesse réglementaire des 25km/h, le nouveau moteur Performance CX entend offrir des sensations de liberté sans commune mesure avec l’existant.

Pour ce faire, Bosch abandonne son pignon de sortie moteur entraîné et démultiplié par des engrenages, responsable du bruit et de la résistance au pédalage, au profit d’un plateau de VTT classique au standard BCD104 4 trous (taille minimum en 32 dents, pas de max.) sur pédalier Isis cannelé.

Bosch permet dorénavant aussi aux marques d’envisager un montage double-plateaux sur le Performance CX.

 

Plus puissant et dynamique

Le fournisseur germanique n’est pas très bavard en la matière mais annonce que son moteur dernière génération est plus puissant et se veut plus efficace et dynamique au pédalage assisté.

Nouvelle cartographique allant jusqu’à 340% d’assistance en lieu et place des 300%, étagement des modes différents, davantage de capteurs dans le moteur avec des mesures plus précises pour rendre l’assistance plus naturelle et efficace…

En revanche il n’est pas question de plus de couple. Bosch reste sur une valeur de 75Nm mesurée sur l’axe en sortie de moteur, là ou d’autres jouent la “surenchère”. La mesure du couple en ebike n’étant normée, chacun peut mesurer et annoncer à peu près n’importe quoi…

 

 

Batterie PowerTube 625Wh

On l’a vu, Bosch a profondément remodelé son bloc moteur Performance CX, mais là où beaucoup l’attende, c’est sur les questions d’autonomie… Qu’en est-il ?!

Après avoir largement participé à la généralisation des batteries externes puis internes en 500Wh, Bosch franchit une nouvelle étape avec l’arrivée d’une version PowerTube (intégrée) disposant d’une capacité de 625Wh…Deux versions en réalité puisque il existe des variantes à montage vertical et horizontal.

Alors que d’autres cellules plus récentes apparaissent (21700 chez BMZ par exemple), Bosch préfère la compacité des cellules 18650 Li-ion avec 50 d’entre elles rangées serrées dans la nouvelle batterie 625Wh.

Avec son enveloppe en aluminium, la nouvelle batterie 625 est annoncée à 3,5kg, soit près de 700g d’embonpoint au passage par rapport à la version 500. On gagne en autonomie, on économise du poids sur le nouveau moteur mais on en prend aussi avec la nouvelle batterie, à un endroit stratégique de la répartition des masses sur le vélo…

Grâce au Fast Charger Bosch 6A, une batterie PowerTube 625 vide peut être rechargée à moitié en moins d1h30. Comptez 3h40 pour une recharge complète.

La Powertube 625 mesure 416 x 84 x 65mm, soit 6,7cm de plus que l’actuelle 500. A prendre en compte en cas de batterie additionnelle dans un sac à dos… Il se murmure que certaines marques auraient anticipé l’arrivée de la 625Wh et auraient prévu de la place dans le tube diagonal de vélos actuels, via une cale qui pourrait coulisser. A confirmer..!?

Nouveauté à souligner aussi dans l’offre Bosch, une nouvelle batterie 400Wh qui reprend les côtes exactes de la 500Wh soit 349 x 84 x 65mm. Une alternative économique pour les trajets du quotidien et/ou une seconde batterie.

 

 

Lutte contre le débridage et le vol

Bosch entend jouer un rôle important dans la promotion du VAE/VTTAE durable… et légal. Ainsi, et pour répondre aux dernières réglementations européennes en matière de lutte contre le débridage, le nouveau moteur Performance CX est équipé d’un logiciel interne largement dissuasif, capable de détecter et enregistrer à vie toute tentative de débridage.

Si le logiciel détecte la présence d’une manipulation, le vélo passe automatiquement en mode d’urgence, un code d’erreur est alors affiché et l’assistance est réduite. Même si le propriétaire du vélo finit par rétablir la configuration originale du vélo, le logiciel va continuer irrémédiablement de scanner le vélo par tranche de 90 minutes et détecter la tentative passée. A la troisième alerte, le mode alerte ne pourra être débloqué que chez un revendeur agréé Bosch.

Par ailleurs pour lutter contre la recrudescence des vols de batterie, en ville principalement, Bosch proposera une option payante (9,99 euros) baptisée Lock pour les possesseurs de la commande Kiox. L’assistance au pédalage est automatiquement désactivée une fois le vélo garé et l’écran Kiox magnétique déconnecté.

Pour l’anecdote – second point “le saviez-vous” ! – connaissez-vous la dernière utilisation détournée à la mode des batteries de VAE ?! >> Alimenter la nuit les allogènes des plantations d’herbes aux Pays-bas, sans se faire repérer par les autorités qui surveillent les consommations électriques excessives et suspectes la nuit…

Sans transition, on passe à la prise en main du moteur sur les sentiers alsaciens… 😉

 

 

A l’épreuve de la Vallée de Munster

Tout récemment à la mi-juin, Bosch nous a convié à une session test pour prendre en main sur le massif vosgien la nouvelle mouture du Performance CX. Au programme, une journée et demie de VTTAE Enduro en compagnie de Guillaume Heinrich (Responsable Marketing France), enduriste de la première heure, à la découverte des splendides pentes verdoyantes mais bien humides du secteur de la Vallée de Munster.

Nous avons à notre disposition un vélo All Mountain biiiiiiiiiiip (on en reparle fin juillet 😉 ) en 29 pouces, moteur CX, écran Kiox et plusieurs batteries 625.

 

 

Voici nos premières impressions terrain…

 

Ordinateur de bord Kiox

En selle, premier contact avec l’ensemble Bosch, la manette Kiox tombe parfaitement sous les doigts et permet de naviguer dans les différents volets.

Bien que certaines informations s’affichent parfois en très petit, ce récent display est très appréciable. Compact, lumineux, il permet notamment le pourcentage exact d’autonomie restant et la fréquence précise de pédalage.

Ayant tendance à pédaler en force à plus faible cadence, c’est toujours intéressant d’avoir une mesure précise pour affiner son coup de pédale, l’optimal se situant aux environs de 85-90 tours par minute pour exploiter pleinement le potentiel de l’assistance Bosch.

 

Pédalage au naturel

L’ancienne génération semblait procurer une résistance et un bruit mécanique, ce nouvel opus Bosch est moins bruyant, le son est plus électronique. Côté frictions ou plutôt de leur absence, c’est du tout bon. Éteinte ou à plus de 25km/h, la motorisation se fait quasiment oublier sous les coups de pédales. Je parle là du bruit, de la résistance… pas du poids de l’engin bien évidemment.

La sensation délivrée n’est pas très éloignée d’un boitier de pédalier moyen de gamme sur un VTT classique, encore fonctionnel mais qui déjà atteint son millier de kilomètres.

Là, Bosch fait jeu égal avec la concurrence. D’autant que l’on a vraiment roulé dans des conditions compliquées, le moteur et la transmission étaient “repeints” en fin de chaque journée et que cela ne nous a pas occasionné de gènes particulières. A confirmer à plus long terme.

 

L'étagement des modes

D’une manière générale, le moteur CX semble encore progresser sur l’efficacité à délivrer l’assistance. C’est fidèle, instinctif au pédalage.

Le couple est disponible à très bas régime et ne semble jamais s’essouffler, c’est puissant tout le temps si tant est que l’on reste dans la plage des 75-95 tours minute.

Le mode Eco (+60% d’assistance) procure juste ce qu’il faut pour monter tranquillement ou longtemps, du moment que ce n’est pas trop raide et accidenté (le couple plafonnant à 40Nm).

Le mode Tour (+140%) est une excellente surprise. Enfin un vrai mode “intermédiaire” façon Trail chez Bosch ! Exploitable dans la plupart des cas, sans jouer le chrono.

Le mode eMTB (variable de +140 à 340%) est sans aucun doute celui qui m’a le plus déçu. Fan du fonctionnement sur la précédente génération, je l’ai trouvé trop brutal au démarrage, à me faire cabrer plusieurs fois en montée. La puissance semble intervenir plus tôt et plus fort. Est ce dû à ma manière de pédaler en force, d’appuyer fort sur les pédales ?!

Enfin le mode Turbo, une vraie révélation… Je n’apprécie pas forcément les sorties à fond la caisse, où l’on ne prend pas forcément le temps de profiter, d’apprécier l’environnement et de discuter. Ce n’est pas ma conception du vélo, du coup, hors franchissement le nécessitant ou par manque de temps, je ne suis pas habituellement un grand adepte de ce mode extrême. Et bien là, cette session m’a montré un visage très différent et appréciable du mode. Fidèle et exploitable partout, le mode Turbo semble moins violent, plus doux mais toujours puissant en toutes circonstances. Quelle que soit sa vitesse, même relativement faible sur terrain accidenté, le mode Turbo est un régal.

Bon forcément, l’autonomie en prend un coup, mais la batterie de 625 permet maintenant d’en tirer plus souvent parti. Il ne semble d’ailleurs pas plus gourmand que par le passé.

Ayant utilisé plusieurs batteries par journée sans les vider intégralement, il est difficile de se prononcer vraiment sur la “gourmandise” du nouveau CX à ce jour.

 

 

Qu’en penser ?

D’après nous, avec ce nouvel ensemble Performance CX, Bosch réussi le pari de rattraper son retard sur ses points faibles, proposer des nouveautés abouties comme le Kiox, tout en capitalisant et progressant sur ses forces : un vrai savoir-faire électronique, une assistance efficace, avec en prime pour le communs des utilisateurs, une image de marque forte qui inspire confiance et un réseau de revendeurs bien déployé au niveau national.

Ça restera personnellement à ce jour l’une de mes meilleures expériences (et pourtant bien humide !) avec un VTT à assistance électrique. En terme de gestion et de capacité de l’assistance.

Alors à coté de cela, on pourrait légitiment regretter, déplorer un certain manque d’audace. Bosch remet les compteurs à zéro, réhausse le standard actuel, va permettre sans doute la généralisation des batteries aux alentours de 600Wh, mais sans pour autant proposer des produits très innovants, audacieux, notamment en matière d’autonomie.

La faute certainement à sa politique de technologie fermée qui cantonne les ingénieurs/chefs produits des fabricants de vélos à des produits d’origine Bosch. On n’aura pas de batteries à plus de 700Wh comme chez Spe, BH… ni de batterie snake qui permet certains compromis dans le dessin des vélos. On en parlait en commentaires sur VTTAE.fr, on n’aura pas non plus à priori d’application permettant de tuner les modes à sa guise. Il faudra faire avec…

Au travers de différents échanges, on finit par deviner qu’il ne faut pas s’attendre à de vraies ruptures technologiques avant probablement 5 ans en VTTAE… De quoi finalement “investir” sereinement dans celles du présent !?

Les premiers modèles de VTTAE avec du Bosch CX 2020 devraient être livrés courant octobre 2019…

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