Depuis ses débuts, le VTT à assistance électrique a toujours bénéficié d’un argument de poids : celui de démocratiser la pratique cycliste. De cette idée que l’aide d’un moteur puisse rendre les choses plus faciles, et attirer plus de monde. De cette idée aussi qu’avec un moteur, on puisse en faire usage la semaine de manière utilitaire, et le week-end, de façon ludique… 

Jusqu’ici, des envies exprimées et parfois concrétisées de manière opportunes ici ou là, mais combien de marques avaient vraiment osé s’en emparer et développer réellement ces concepts ?!  C’est ce que fait Focus, à travers trois nouveaux modèles phares : les Jarifa, Thron & Jam. Comment s’y prend-t-elle ? Sur quelles solutions cette démarche repose ?! Comment se concrétise l’expérience ?! Coup d’oeil intéressé sur VTTAE.fr !

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes – Photos : Focus


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Bonne volonté…

Sur le papier, l’idée est simple : la gamme focus 2020 dispose de trois nouveaux modèles, qui doivent couvrir des pratiques les plus sages et utilitaires, aux pratiques les plus engagées… À commencer par deux semi-rigides ludico-pratiques… 

 

À l’extrême opposé, le Focus Jam…

 

C’est surtout entre les deux que la marque fait son coup, avec le tout nouveau Focus Thron, qui a tout simplement l’ambition de lier le meilleur des deux mondes en y piochant les arguments clés…

Sacrée ambition donc, de proposer un VTT tout-suspendu doté d’un débattement tout à fait compatible avec une pratique sportive telle qu’on l’entend, tout en restant ouvert aux pratiques plus utilitaires en semaine… Sur le papier, une intention louable, mais dans les détails, Focus dispose-t-elle d’éléments compatibles avec cette volonté ?! 

 

 

Les bons arguments…

Pour s’en convaincre, il faut jeter un oeil à ce qui fait l’identité des dernières générations de Focus tout-suspendus. Aussi bien à travers l’essai du Focus SAM2 sur VTTAE.fr, qu’à travers la présentation du Focus SAM, sur Endurotribe. L’occasion de mettre en évidence et rappeler certains concepts habillement mis à profits ici…

Suspension Fold

Tout d’abord, la cinématique de suspension F.O.L.D chère à la marque. Un savant mélange d’un système à point de pivot fixe qui actionne un ensemble biellette/basculeur enchevêtré à la tête de l’amortisseur. Différents arguments font partie du discours de la marque autour de ce concept, mais un principal me semble important dans le contexte de cette nouvelle gamme : la notion de tapis volant…

J’entends par là que cette suspension a pour elle de donner l’impression de gommer tout ce qui passe sous les roues du vélo. Un résultat très confortable, très sensible… donnant clairement l’impression de rouler sur du coton. Des arguments très intéressants dans l’idée de démocratiser la pratique, et la rendre accessible. Ici, le vélo doit faire une belle partie du travail, et c’est très clairement palpable, même si l’on débute à vélo…

 

Ratio et Anti-Squat

Pour y parvenir, petit coup d’oeil technique aux choix cinématiques retenus par la marque. Tout d’abord un ratio légèrement dégressif, avant d’atteindre la position d’équilibre du SAG – là où s’enfonce naturellement la suspension sous le poids du pilote – puis plus progressif pour éviter de talonner à outrance. Une courbe qui explique et illustre à quel point le vélo va volontiers dans le débattement pour se placer dans une zone autour de laquelle il puisse débattre avec aisance.

Puis, coup d’oeil à l’anti-squat – influence de la tension de la chaîne sur le fonctionnement de la suspension. Avec le F.O.L.D, Focus est adepte des valeurs faibles, de l’ordre de 60 à 80% parfois. Ici, avec une tension de chaîne plus importante sous l’effet de l’assistance, la marque a choisi une valeur proche des 100%, soit, une suspension dont les mouvements sont très peu influencés par la tension de la chaîne. Ni pour s’enfoncer, ni pour se détendre. Elle a plus tendance à se figer.

 

Culture de l'autonomie

Autre argument tiré du passé, en faveur de la démocratisation de la pratique :  le concept T.E.C à double batterie, permettant à Focus de doubler l’autonomie de ses vélos. C’était le cas avec la motorisation Shimano des précédents JAM2 et SAM2, ça l’est à nouveau avec, pour l’heure, les Jarifa et Aventura qui s’équipent d’un système équivalent.

Ils utilisent pour ça une possibilité déjà présente sur les motorisations Bosch CX, en couplant ici une batterie interne à une batterie externe, toutes deux présentes au catalogue du motoriste allemand. Focus a juste, pour ça, développé son propre support de fixation externe qui vient se fixer par trois vis sur le tube oblique, là où on logerait habituellement une gourde.

 

développements communs

Quitte à pousser encore un peu dans les détails, terminons ces coups d’oeil intéressés sur un fait important qui explique aussi l’initiative ici présente, mais d’un point de vue industriel cette fois-ci : les quatre modèles présentés ont énormément de pièces en commun. Entendons par là des pièces brutes issues des mêmes process, avant d’êtres usinées pour s’assembler.

Ainsi, la douille de direction, les tubes supérieurs et obliques, le sabot moteur, et certains éléments de la boulonnerie sont communs au quatre modèles. Pour particularité, seules les pattes arrières du Jam sont spécifiques, et pour cause…

 

 

L’opportunité CX

Ces détails de conception sont intéressants pour cerner en quoi, finalement, Focus avait tout un tas de concepts intéressants pour oser franchir le pas en direction de la démocratisation… Oser dire nous avons des vélos qui peuvent permettre de découvrir et apprécier le vélo à assistance électrique sous toutes ses formes… 

Il faut aussi voir que la firme de Stuttgart profite aussi de l’opportunité pour se rapprocher d’une autre firme des environs : Bosch, à travers la toute nouvelle motorisation CX. L’occasion de recouper les propos de chacun et faire lumière sur les intérêts certains de cette nouvelle itération.

“C’est bien simple : l’ancien ne permettait rien !”

En l’occurrence, dépasser les 1000Wh d’autonomie sur les Focus Jarifa et Aventura est permis en faisant usage de la batterie interne de 625Wh de la nouvelle assistance Bosch CX, là où l’équivalent motorisé Shimano, chez Focus, ne dépasse pas les 400Wh en interne, 750Wh en tout…

D’autre part, c’est le nouveau carter Bosch CX qui est ici mis à profit. C’est bien simple : l’ancien ne permettait pas à la marque d’obtenir des résultats compatible avec la cinématique F.O.L.D : point de pivot déplacé trop haut, pignon de sortie trop petit générant beaucoup trop d’anti-squat…

 

 

Prise en main

C’est donc chose réglée, et on a pu en mesurer l’intérêt, ou du moins, ce que ça donne à l’usage. Pour ça, direction les hauteurs de Stuttgart, au siège même de Focus. L’occasion d’y retrouver l’ensemble de l’équipe en charge de la marque. C’est assez remarquable pour le souligner : bon nombre d’entre eux a un sacré coup de guidon ! Dans des propensions plus denses que la moyenne…

C’est peut-être la densité des trails qui entourent la ville qui fait ça… Parce qu’en la matière, il y a de quoi faire. Rien d’extrêmement technique ou long – les descentes dépassent rarement les 2min30s – mais tout très ludique, flowy, sinueux et bien tracé. Un joli royaume du sentier posé sur le sol argilo-sableux qu’on retrouverait sur les meilleurs spots de région parisienne.

Le Jarifa

Dans ce contexte, c’est d’abord l’occasion de mettre le Focus Jarifa à profit, pour aller et venir entre l’hôtel, les bureaux de la marque et le restaurant. L’occasion de mesurer la puissance, la fidélité et in-fine, la souplesse du nouveau moteur bosch, jamais en défaut dans la pente parfois marquée, ni sur le tarmac, parfois bien détrempé…

Mieux, on sent ici que la géométrie du Jarifa, si elle se veut confortable et utilitaire, a aussi un peu d’ADN ludique de ses grands frères. Bases courtes, boitier bas, bon angle de direction. Les virées dans les parcs de la ville peuvent vite tourner au crime, entre tentative de manual, slalom entre les bancs, concours de drifts et autre descente d’escalier où la fourche Suntour qui équipe ma version fonctionne admirablement.

 

Plus ferme...

Entre ces virées, concentrons nous maintenant sur le coeur de cette journée d’essai : les sentiers au guidons des nouveaux Focus Jam et Thron. D’abord, pour noter que l’anti-squat plus important de la cinématique FOLD développée autour du Bosch CX porte ses fruits, ou du moins, se fait sentir : le résultat est plus ferme que par le passé.

Si le Focus SAM2, qui reste au catalogue, conserve son côté tapis volant, les Focus JAM2 et Thron2 se révèlent désormais respectivement plus fermes. On en tire des vélos un peu plus joueurs, légèrement plus maniables, notamment pour marquer les appuis dans les virages, et enchaîner les courbes, très nombreuses entre les arbres de Stuttgart…

 

Thron, véritable VTT(AE)

Dans ces conditions spécifiques à l’endroit, c’est le Focus Thron qui m’a le plus paru à propos. Il est un peu plus court, et un peu plus facile à faire tourner dans l’instant, que son grand frère. Et donc, il permet d’être plus facilement dans le coup pour serpenter sur les sentiers aux portes de la ville.

Je tire surtout de cette prise en main la conviction qu’il s’agit bien d’un VTT. Si la géométrie confortable et la possibilité de monter un porte-bagage pouvait en faire douter certains, qu’ils se rassurent : il s’agit bien d’un VTT, à classer parmi les bons randonneurs du moment…

J’entends par là qu’il me semble un bon concurrent aux Scott eStrike, Canyon Neuron:On, Rose Elec Tech FS et Sunn Gordon, avec pour lui une belle polyvalence entre un côté utilitaire/confort et certaines capacités sportives pour s’amuser au fond de bois.

 

Jam2, pour engager

Du coup, j’opterais davantage pour le Focus Jam2 lorsque le terrain devient plus chaotique. Ici, les quelques racines et cailloux qui ornent les trails aux abords de Stuttgart ne sont pas suffisants pour le nourrir, et en tirer la quintessence.

À coup sûr, c’est en roulant ce Focus Jam2 dans des conditions plus exigeantes, truffées de racines et de cailloux, que l’on peut exploiter pleinement ce à quoi il se destine : rouler plus fort, engager davantage, passer plus gros, si le terrain et l’inspiration du jour y appelle…

 

 

Qu’en penser ?!

Prise en main rapide, et humide, mais relativement cohérente… Dans la mesure où les conditions offertes par cette journée à Stuttgart permet déjà de positionner les capacités de chacun des modèles présentés ici. 

En un sens, la marque relève le challenge de proposer 4 vélos dotés de nombreuses pièces en commun, sans pour autant les enfermer dans un socle commun trop étroit. Chacun tire profit de ses différences, réelles à l’usage. De quoi offrir à chacun quelque chose de proche d’un idéal. 

Dans tous les cas, j’en retiens les bonnes propensions des Focus Jarifa2, Aventura2, Thron2 et Jam2 à rester ludiques et sains en toutes circonstances. De quoi dire que la tentative de démocratisation initiée ici défend l’idée qu’un VTT accessible ne doit pas, et peut, rester ludique et sportif.

Belle initiative, qui démontre une fois de plus aussi, que les points clés et essentiels de la conception de tout bon vélo restent les mêmes : géométrie, cinématique de suspension, équipement du vélo… Bien joué ! On suivra désormais, y compris en commentaires ci-dessous, ce qui inspire le plus, et comment chacun peut y trouver son compte !

 

Gammes et équipements à retrouver sur www.focus-bikes.com

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