Spécialiste du vélo de montagne engagé et nouveau venu dans le domaine du VTTAE, la marque canadienne Norco n’a pas mis longtemps à sortir un modèle à grands débattements entre l’Enduro et le Freeride. Sur le papier, le Range VLT est donc la monture idéale pour envoyer du gros en bike park… Mais n’est-il bon qu’à ça ? Possède-t-il d’autres qualités ? Reste-t-il suffisamment polyvalent ? Réponses sur VTTAE.fr.

 


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Norco Range VLT C2

Norco Range VLT C2

  • Usage Enduro/Freeride
  • Poids vérifié 24,25kg (en taille M)
  • Roues de 27,5 pouces
  • Débattements 180/170mm AV/AR
  • Cadre en carbone, bases aluminium
  • Reach de 450mm, Stack de 602 mm en taille M, offset 37mm

  • Motorisation Shimano Steps E8000
  • Batterie de 630Wh + batterie externe de 360 en option
  • Pneus 27,5×2.50
  • 3 tailles (M, L, XL)
  • 3 modèles à 6599, 7599 et 8599€
  • Disponibilité immédiate
  • Fiche du vélo sur norco.com

 

Version motorisée et bodybuildée du Range d’Enduro, le Range VLT annonce d’emblée la couleur en se positionnant sur le créneau encore peu fréquenté du gros VTTAE. C’est-à-dire du vélo à assistance électrique capable d’affronter les pistes permanentes de DH et les bike parks les plus engagés. Pour cela, Norco a décidé de faire du haut de gamme simple et efficace, en proposant un cadre avec triangle avant et haubans en carbone, des bases en aluminium, 180mm de débattement à l’avant et 170 à l’arrière, mais aussi une géométrie particulière adaptée à la pratique du VTTAE.

 

Cadre carbone

Grâce à son triangle avant en carbone, mais aussi à ses haubans de la même matière, le Range VLT s’annonce particulièrement rigide. Le moteur Shimano Steps E8000 très compact trouve parfaitement sa place à l’intérieur du cadre, tout comme la batterie intégrée de 630Wh. Quant aux bases en aluminium, elles sont censées apporter un certain confort sans pour autant nuire à la rigidité et au dynamisme de l’ensemble. Pas bête.

En revanche, on peut regretter la protection trop minimaliste côté chaîne et l’absence d’un capteur de vitesse intégré dans la base gauche au niveau de l’axe de roue… Du coup, on retrouve un aimant positionné “à l’ancienne” sur un rayon et non vissé sur le disque. Une option moins ergonomique et surtout bien plus exposée aux chocs et projections que l’on rencontre en tout-terrain.

 

Géométrie

Il est clair que le Norco Range VLT ne renie pas ses origines canadiennes et se révèle un pur produit “made in Colombie Britannique”. À savoir, un vélo taillé pour la descente. Il faut dire qu’avec un angle de fourche très important de 63,5°, un triangle avant assez imposant et des débattements impressionnants, on sait forcément à quoi s’attendre ! En revanche, pour s’adapter à une pratique du VTTAE plus polyvalente et offrir davantage d’aisance dans la position en montée, le tube de selle a été redressé de manière conséquente (77,3° en taille M). Ainsi, le pilote est assis bien au-dessus du boîtier de pédalier et maîtrise plus facilement les cabrages intempestifs dans les pentes très raides. Si l’on ajoute un empattement important de 1229 mm et des bases relativement courtes (440mm), on peut estimer sans trop prendre de risques que le Range VLT devrait être à la fois stable et plutôt efficace en montée.

 

 

Suspensions

Côté suspensions, sur le C2, on trouve du Fox, avec une fourche 36 Performance Elite en 180mm de débattement et un amortisseur Performance Elite DHX2 à ressort. De quoi satisfaire pleinement le programme engagé du vélo. Car même si les réglages ne sont pas aussi nombreux que sur les modèles Factory, il y a largement de quoi trouver le comportement qui vous conviendra le mieux. De plus, le système de suspension arrière ART – pour Advanced Ride Technology – permet de disposer à la fois d’un vélo qui pédale bien, d’un amortissement progressif et d’une bonne adhérence, au freinage, comme à l’accélération. Cette cinématique à quatre points de pivot (bases, haubans, biellettes, triangle avant) offre également une excellente répartition des masses au niveau du poids embarqué, tout en laissant suffisamment de place pour positionner le moteur dans le cadre.

 

Moteur Shimano

Si le moteur Shimano Steps E8000 qui équipe le Norco Range VLT est un peu vieillissant (voir notre dossier motorisation), il est évident que le prochain millésime devrait être nettement plus performant… Là-dessus, on peut faire confiance à Shimano. Alors évidemment, le petit moulin japonais a encore de beaux restes, comme son encombrement réduit qui permet de le placer facilement sur un cadre de vélo. Mais question performances, il a désormais pris un peu de retard et l’on peut lui reprocher un certain manque de couple, une légère brutalité dans la façon de délivrer l’assistance au pédalage et une obligation de tourner les jambes à plus de 80 tours/minute si l’on veut que le moteur donne tout son potentiel. Rien de rédhibitoire non plus, certes, mais sur un tel vélo assez énergivore, on appréciera l’option de la batterie de 630 watts (avec la 500 watts montée sur le C3 et sans l’ajout de la batterie externe optionnelle de 360 watts, c’est un peu juste) qui permettra de faire davantage de “navettes” jusqu’au départ des descentes… ou de partir un peu plus longtemps à l’assaut des sentiers les plus techniques.

 

 

Prise en main

Pour moi qui mesure 1,80m, le Norco Range VLT en taille M s’est révélé le meilleur compromis pour une utilisation en e-bike assez polyvalente. En effet, vu le gabarit du vélo, sa géométrie et sa grande stabilité, j’ai pensé que cela ne pourrait pas faire de mal d’essayer de profiter de la maniabilité et de la vivacité d’un cadre de plus petite taille (dans la limite du raisonnable, cela va de soi). Et j’ai bien fait, car une fois installé derrière le guidon, je me suis immédiatement senti très à l’aise, avec une position de pédalage assis naturelle et propre à un maximum d’efficacité.

Auparavant, j’avais eu aussi l’occasion de rouler sur le Range VLT C3 en taille L (le premier modèle de la gamme équipé d’un moteur Steps E7000) et j’avais ressenti davantage le côté un peu “encombrant” du bike. D’où mon choix de passer sur un C2 en M dès que l’occasion s’est présentée…

 

Premiers tours de roues

Bien sûr, sans moteur, sur le plat et dans les parties relativement sinueuses, le vélo reste malgré tout un peu poussif et l’on sent bien que la géométrie typée descente, couplée à un pneu arrière Maxxis Assegai Double Down renforcé et à gomme tendre, plombe considérablement les performances en termes de rendement. Du coup, mis à part contraint et forcé, on évitera de rouler sans assistance !

Pour exemple, face à un Merida E-One Sixty équipé du même moteur, il faudra rouler en mode Trail avec le Range VLT si l’on veut rester au contact du E-One Sixty en Eco… Et dans les montées raides, il est impératif de passer régulièrement en Turbo. Ce qui a pour effet de taper beaucoup plus dans la batterie et d’arriver dans le rouge encore plus rapidement qu’avec le Merida – même avec 130Wh supplémentaires dans la batterie ! En gros, sans rouler à l’économie, il faut compter au maximum deux heures de roulage, 30 kilomètres et à peine 1000 mètres de dénivelé positif… Ce qui est largement suffisant pour remonter plusieurs fois en mode Boost jusqu’en haut d’un bike park et s’éclater en descente. En revanche, pour les randos sportives roulantes et légèrement vallonnées, le Norco Range VLT n’est pas la monture idéale. Mais ça, vu le programme du vélo, ce n’est pas vraiment une surprise.

 

A la montée

Néanmoins, dans les montées techniques, cassantes et assez raides, le Range VLT s’en sort très bien. Sa stabilité, sa capacité à maintenir la bonne trajectoire et sa motricité incroyable (merci le Maxxis Assegai Double Down) aident à franchir allègrement les difficultés sans trop se poser de questions. Seul petit bémol, le comportement un peu spécial du moteur Shimano Steps E8000, qui oblige à une cadence élevée de pédalage pour dispenser toute sa puissance.

Malheureusement, dans les portions les plus raides où il n’est pas possible de vraiment mouliner et où il faut se mettre à forcer sur les manivelles, l’assistance s’étouffe parfois, obligeant le pilote à mettre pied à terre… Et ceci n’a pas grand-chose à voir avec la géométrie ou les débattements importants du vélo. Non, car si effectivement, un VTTAE plus léger, plus vif et moins scotché s’en sortirait forcément un peu mieux, c’est avant tout le comportement du moteur qui est à l’origine de ce petit problème. Au final, avec un peu d’habitude, dans la majeure partie des cas, tout cela n’est pas bien grave et le bike passe partout. Mais il est cependant très clair que si le Range VLT a le potentiel pour aller chercher les grosses difficultés en montée, le moteur qui l’équipe, lui, manque légèrement de coffre.

 

En descente

Seulement quand la pente s’inverse, là, c’est autre chose. C’est le moment où ce “gros” Norco exprime tout son potentiel. Qu’il profite de sa géométrie assez radicale, de ses grands débattements et de son excellente répartition des masses pour mettre son pilote en confiance et l’inciter à lâcher les freins. Changer de trajectoire dans les pierres, passer de grandes courbes sur l’angle à pleine vitesse, aborder de longs sauts avec réception à plat sans sourciller ou retarder ses freinages pour rentrer à bloc dans un appui semble un jeu d’enfant au guidon d’un tel VTTAE.

De même, dans les pierriers bien défoncés, la stabilité du Range VLT et ses suspensions qui gomment tous les chocs, petits et moyens, font merveille. L’impression de sécurité est impressionnante, comme si plus on allait vite, plus on survolait les différentes tailles de pierres, plus c’était facile…

Plusieurs fois, je me suis également amusé à remonter ce fameux pierrier et je me suis presque autant fait plaisir. Avec le tube de selle bien droit, la position de pédalage est excellente et grâce à son petit dosseret, la selle Ergon spéciale E-Bike permet de rester bien calé au bon endroit. Bien vu. Bref, dans la mesure où ce n’est pas hyper raide, l’efficacité du moteur, la capacité du vélo à tirer tout droit et la motricité exceptionnelle rendent la tâche presque trop facile ! C’est donc bien dans les parties techniques et cassantes que le nouveau Norco à assistance électrique s’en sort le mieux… En descente, ce n’est pas une surprise. Quand ça monte, ça l’est davantage et c’est une bonne chose !

 

 

Qu’en penser !?

Plutôt exclusif sur le papier, le Range VLT se révèle pourtant relativement polyvalent sur le terrain. En effet, à l’utilisation et avec un peu d’expérience, il permet d’aller chercher la difficulté sans se mettre en danger. En descente, bien sûr, où il est carrément exceptionnel, mais également dans les montées avec du franchissement et de la vitesse. Vitesse, le mot est lâché… car plus on accélère, plus le Norco semble à l’aise. Dans le dénivelé négatif, comme dans le positif, il n’est jamais aussi bon que quand ça va vite. Et c’est là qu’en montée, on aimerait parfois disposer d’un moteur avec davantage de coffre et de couple, ainsi qu’une assistance au pédalage plus naturelle.

Globalement, ce n’est que lorsque le terrain se fait plus trialisant et que les sentiers deviennent plus étroits, avec des épingles serrées, que l’on note une certaine inertie qui oblige à travailler pour placer le vélo comme il faut et l’aider à tourner. Hormis cela, vu son gabarit et sa géométrie particulière, le Range VLT sait se montrer relativement polyvalent. En cas de fermeture des remontées mécaniques ou simplement quand il n’y en a pas, ce genre de vélo sera donc la monture idéale pour effectuer des runs en descente à la montagne et remonter confortablement en pédalant jusqu’au sommet pour recommencer.

En revanche, son côté un peu trop collé au sol au pédalage et l’autonomie moyenne qui en découle (y compris avec une batterie de 630Wh) le pénalise en randonnée sportive sur des terrains peu accidentés – pour lesquels il n’a de toute façon pas été conçu… Pour ce genre d’exercice, on lui préférera forcément le nouveau Sight VLT 29 qui débarquera dans les magasins au printemps.

 

 

Vis-à-vis de la concurrence ?

Aujourd’hui, le Norco Range VLT représente une option très intéressante sur le marché du VTTAE de Freeride. En face et pour un rapport qualité/prix assez proche, avec sa RockShox Boxxer double té en 180, le Cannondale Moterra SE semble un concurrent sérieux capable de séduire les amateurs d’Enduro engagé…

C’est également le cas du Specialized Kenevo et ses 180mm de débattement à l’avant comme à l’arrière, lui aussi équipé d’une fourche double té. À son guidon, on peut s’attaquer sans problème aux gros sauts et aux road-gaps que l’on trouve sur les pistes de DH les plus engagées.

D’un autre côté, le Giant Reign-E et le Haibike Flyon XDuro NDuro 8.0 – même s’ils permettent également d’envoyer du gros – nous semblent légèrement plus polyvalents pour une utilisation en randonnée sportive. Reste que, de la part de Norco, nous aurions été en droit d’attendre un modèle d’entrée de gamme en alu un peu plus abordable – genre autour de 5000 euros… Ne serait-ce que pour pouvoir viser le marché de la location en station, par exemple.

 

 

La gamme Norco Range VLT

Dans la famille Norco Range VLT, on trouve trois modèles qui disposent tous du même cadre carbone avec bases en aluminium. Outre le C2 à 7599 euros de notre essai, nous avons eu l’opportunité de tester aussi le C3, le vélo d’entrée de gamme à 6599 euros équipé d’un moteur Shimano Steps E7000 légèrement moins évolué et d’une batterie de 500Wh seulement. Le cadre, lui, est identique, avec des éléments de suspensions et des freins un peu moins performants, à savoir, une fourche Yari RC, un amortisseur Super DeLuxe à ressort et un ensemble Shimano MT 520 4 pistons en disques de 200mm. Mais en ce qui concerne le ressenti, on reste tout de même assez proche du C2.

Enfin, le C1, fleuron de la gamme à 8599 euros, est lui équipé du moteur Steps E8000, d’une fourche RockShox Lyrik Ultimate, d’une transmission Eagle GX, de roues DT Swiss E1700 Hybrid et de freins Sram Code RSC.

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